Sécurité psychologique et souffrance au travail : Il y a ce que l’on mesure et il y a ce que l’on ressent

À l’occasion de la Journée mondiale de la santé et de la sécurité au travail, les travaux menés par l’IRSH autour du thème « Travail en mouvement : les travailleurs au cœur des transitions » ont fait émerger une vérité inconfortable, que la performance des organisations ne repose plus seulement sur des structures visibles, mais sur un équilibre invisible celui de la santé mentale des agents. Une évidence que les analyses des Dr Odile Ossawa Boungat et Dr Rosamour Tsamba viennent aujourd’hui documenter avec précision.

Alors que les réformes administratives et les enjeux de santé et sécurité au travail (SST) occupent le devant de la scène, une dimension longtemps reléguée au second plan émerge avec force des pratiques de terrain, celle de la sécurité psychologique. Plus qu’un concept théorique, elle s’impose aujourd’hui comme le fondement indispensable à toute sécurité globale et durable au sein des organisations. Elle révèle une vérité souvent ignorée que la solidité d’une institution ne dépend pas uniquement de ses infrastructures, mais aussi de l’état intérieur de ceux qui la font fonctionner.

Alors que les réformes administratives et les enjeux de santé et sécurité au travail (SST) dominent les débats, une dimension longtemps négligée s’impose désormais, la sécurité psychologique. Plus qu’un concept, elle apparaît comme le socle d’une sécurité durable, rappelant que la solidité d’une institution repose autant sur l’état mental de ses agents que sur ses infrastructures.

Le constat fait par du Dr Odile Ossawa Boungat met en lumière une approche encore trop centrée sur le physique. Les comités de santé et sécurité privilégient l’ergonomie sièges, écrans, éclairage au détriment de la « santé invisible ». « On traite les chutes ou les douleurs, on ajuste le matériel, puis on s’arrête là « , souligne-t-elle. Pourtant, ses expertises révèlent une charge mentale croissante, alimentée par le manque d’espaces d’expression et le stress des réformes, entraînant fatigue cognitive et anxiété. « On ne peut exiger de la performance si les agents ne sont pas bien dans leur tête », rappelle-t-elle.

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La sécurité psychologique, conceptualisée par Amy Edmondson, désigne un climat où chacun peut s’exprimer sans crainte. Sans cette confiance, la parole se raréfie et les tensions s’installent, fragilisant les organisations.

L’exemple du Pôle National de Promotion de l’Emploi (PNPE) au Gabon, étudié par le Dr Tsamba, illustre cette réalité. Les agents y font face à des charges extrêmes jusqu’à quinze heures de travail par jour et plus de 150 usagers suivis par semaine dans un contexte émotionnel exigeant. Résultat ? Un stress élevé, un épuisement professionnel et un retrait progressif des agents, dont le silence devient un risque pour l’organisation.

Face à cette réalité, une redéfinition du management s’impose. La performance ne peut plus être pensée indépendamment du bien-être psychique. Instaurer des espaces de parole sécurisés, intégrer la psychologie du travail dans les processus décisionnels et former les managers à l’écoute active deviennent des impératifs. La sécurité psychologique n’est pas un luxe, mais un levier stratégique au cœur de la résilience des organisations.

Au-delà du cas du PNPE, cette alerte prend une dimension plus large. Dans un contexte de transformations rapides, la santé mentale des travailleurs devient un enjeu de santé publique. Une organisation épuisée ne se contente pas de produire moins, elle produit mal, au détriment de ses agents et de sa mission.

Plus discrètement, mais avec force, s’impose une idée celle que l’avenir des institutions dépend de la confiance que nous rétablissons dès à présent, car c’est dans cet espace invisible que se joue désormais l’essentiel.

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