Peter Stephen ASSAGHLE : [Lettre ouverte à Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, Président de la République Gabonaise]

Objet : Vous nous appelez à revenir, mais on nous empêche de servir

 

Monsieur le Président de la République,

Je vous écris le cœur serré, mais la plume ferme.

Je m’appelle Peter Stephen ASSAGHLE.

Je suis de ceux dont le nom ne connaît aucun long bras qui vienne gratter les démangeaisons incrustées sur ses lettres d’une société qui marche au piston.  Dès mon plus jeune âge et très souvent le ventre vide, mais la volonté pleine, je me suis battu pour donner à ce nom une grandeur qui ne soit pas celle de l’orgueil, mais celle du service, celle de l’honneur rendu à la patrie.

Ma vie, mon avenir tout entier, je les ai confiés au savoir. J’ai usé mes jours et mes nuits sur les bancs de l’école, du primaire au secondaire, presque toujours premier de classe, jusqu’au baccalauréat en 2008. Puis, grâce à une bourse de l’État gabonais, j’ai pris l’avion pour la France, avec la conviction de celui qui part pour mieux revenir, les yeux levés vers demain.

Pendant plus de dix ans, j’ai consacré ma vie à l’étude du droit : licence, master, doctorat, puis l’École des avocats, jusqu’à prêter serment et exercer la noble profession d’avocat durant près de deux ans au Barreau de la Drôme. Là-bas, j’ai défendu, plaidé, appris, mûri. Mais dans un coin de mon âme, une certitude grandissait : ma place était ici, au Gabon, pour servir mon pays, ma justice, mon peuple.

Alors, j’ai fait ce que vos discours appellent avec ferveur : revenir. Revenir avec mes compétences, mon expérience, mon énergie, ma foi. Revenir pour servir la justice de mon pays, pour répondre à cet appel lancé à la diaspora : « Revenez travailler pour le pays ».

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J’ai tout quitté. Un cabinet où j’étais parfaitement intégré, une vie stable et rangée, et, plus douloureux que tout, mes deux enfants qui, chaque soir, pleurent leur père au téléphone avant de dire leur prière. Mais je suis revenu.

Je suis rentré, mais à mon arrivée, les portes que j’espérais grandes ouvertes à votre voix se sont refermées dans un claquement sec. Le Conseil de l’Ordre des Avocats du Gabon a, sans fondement juridique aucun ajourné, ma demande d’inscription au Barreau, la renvoyant à un avenir indéfini. Une fin de non-recevoir qui, au-delà de ma personne, envoie un message terrible à toute une génération : « même si vous revenez, il se peut que nous ne vous laissions pas servir ».

Monsieur le Président,

Je ne suis diplômé qu’en une seule chose : le droit. Je ne sais pas conduire un taxi, ni vendre au marché, ni chanter, ni bâtir des routes. Je sais défendre, plaider, appliquer la loi. C’est là ma vocation, mon métier, mon engagement.

Alors, je vous interroge : comment bâtir un Gabon solide si l’on empêche ses propres enfants d’y apporter leur pierre ? Comment convaincre la diaspora de revenir, si ce retour s’achève dans l’humiliation des portes closes ?

Je ne suis pas venu quémander un privilège. Je suis venu revendiquer un droit : celui, pour un citoyen gabonais formé et assermenté, de servir la justice de son pays. Je suis venu partager un savoir, une expertise, et non me voir opposer des arguments qui, en réalité, n’ont pour véritable objectif que de me tenir à l’écart pour des raisons fallacieuses.

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Ce refus, au-delà de mon cas personnel, interroge la cohérence de nos politiques publiques : faut-il comprendre que l’appel à la diaspora n’est qu’un slogan ? Faut-il conclure que notre pays n’est pas prêt à accueillir les siens ? Ou faut-il admettre que nous nous accommodons de voir les compétences gabonaises servir ailleurs plutôt que chez nous ?

Monsieur le Président,

Je ne vous écris pas pour contourner une institution. Je vous écris pour dire haut ce que beaucoup vivent en silence. Si la bonne volonté des fils et filles de ce pays se brise sur des logiques fermées, alors nous perdrons plus qu’un avocat : nous perdrons la confiance, nous perdrons l’espoir, nous perdrons l’avenir.

Je ne suis qu’un exemple parmi d’autres. Mais je vous demande solennellement d’ouvrir les yeux sur ce paradoxe qui vide de sa substance l’appel que vous lancez.

Vous avez le pouvoir et le devoir de créer les conditions d’un véritable retour de la diaspora. Cela implique une responsabilité : celle de faire tomber les obstacles inutiles, de moderniser les procédures, de respecter le droit, et de rappeler à tous ceux qui sont à la tête d’institutions quelles qu’elles soient, non seulement que ces structures ne sont pas leurs biens privés, mais également que servir le Gabon n’est pas un privilège, mais un devoir partagé.

Monsieur le Président,

Voilà une longue année que je suis rentré, ne me laissez pas repartir.

 

Peter Stephen ASSAGHLE

Avocat – Docteur en droit

Citoyen Gabonais

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