PDG : Chronique d’une extinction annoncée sous les spotlights de l’Histoire

Le Parti démocratique gabonais (PDG), autrefois forteresse inexpugnable du pouvoir, semble désormais errer entre vestiges glorieux et décombres politiques. Sa trajectoire n’est plus celle d’un phénix en quête de renaissance, mais celle d’un mammouth bureaucratique englouti par le marécage de son propre immobilisme. On parlait hier de bastion, aujourd’hui, on évoque un mausolée. L’ancien empire politique vit sa plus tragique mutation : celle du parti dominant devenu anecdote institutionnelle.

Paul Biyoghe Mba, ancien Premier ministre, fidèle parmi les fidèles, vient de tourner les talons. Une défection qui aurait provoqué un frisson si elle n’avait pas été précédée par une trentaine d’autres. Le PDG, autrefois broyeur de carrières, devient l’agence nationale de reconversion politique. À défaut de convictions, on y brade les adhésions. On en sort comme on quitte un vieux costume d’apparat : élimé, dépassé, devenu trop encombrant pour le nouvel air du temps.

Il fut un temps où l’on entrait au PDG comme on entrait en religion. Aujourd’hui, on en sort comme d’un mauvais rêve. Ce parti, qui se vantait d’incarner la nation, ressemble de plus en plus à un vieux théâtre déserté, où les acteurs récitent des rôles que plus personne n’écoute. Les « patriotes engagés » sont devenus des silhouettes floues, courant vers les commissions de transition, les plateformes de refondation ou les cabinets feutrés d’opposants naguère honnis.

La question n’est plus de savoir si le PDG va tomber, mais combien de mois il lui reste avant la décomposition finale. Car ce qui s’effondre n’est pas seulement une structure partisane, c’est tout un logiciel politique, hérité d’une époque où le pouvoir se confondait avec l’État et la loyauté avec la soumission. L’éléphant politique, paralysé par sa propre masse, n’a pas vu venir le souffle de la rupture.

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Et pourtant, tout n’était pas écrit d’avance. Le PDG aurait pu choisir la mue, l’autocritique, l’audace. Il a préféré la léthargie, le repli et le déni. Chaque communiqué du Secrétariat exécutif sonne aujourd’hui comme un aveu maladroit. Chaque tentative de mobilisation ressemble à une messe sans fidèles. Même les tam-tams de Nzeng-Ayong n’émettent plus que des soupirs.

Biyoghe Mba, dans un ultime geste de dignité, a compris que les ruines ne tiennent pas lieu de programme politique. Son retrait n’est pas une simple démission, c’est un testament politique : celui d’un homme qui, ayant compris que le navire a coulé, refuse d’en être le dernier passager à jouer du clairon. Il ne part pas seul, il emporte avec lui le dernier reste de gravité qu’il restait au PDG.

Pendant ce temps, les orphelins de la majorité présidentielle errent dans un paysage post-apocalyptique, où la carte politique du Gabon est redessinée par d’anciens opposants devenus gestionnaires, et par des militaires devenus arbitres. La seule question encore valable : qui héritera du cadavre politique du PDG ? La réponse ne viendra pas d’un congrès, mais peut-être d’un musée de la mémoire politique gabonaise.

Ainsi s’achève, non sans une certaine poésie tragique, l’épopée du PDG. Il n’aura pas été vaincu par l’adversité, mais par sa propre incapacité à se réinventer. À défaut de produire l’avenir, il entre dans l’Histoire, non pas comme bâtisseur d’espoir, mais comme symbole éclatant d’un pouvoir fossilisé, emporté par la marée du changement.

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