Le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema envisage de déléguer sa signature officielle, une décision qui suscite à la fois intérêt et prudence, alors que le souvenir des accusations visant l’ex-première dame Sylvia Bongo Ondimba reste encore vif dans les mémoires.
Selon un communiqué du Conseil des ministres, cette initiative vise avant tout à assurer la continuité de l’État et à fluidifier l’action administrative, tout en respectant les principes constitutionnels. Concrètement, le président pourrait confier sa signature à un vice-président de la République, au vice-président du gouvernement, ou à un autre responsable administratif, afin de déléguer certaines tâches sans remettre en cause son autorité.
Un projet de décret portant sur cette délégation de signature a d’ailleurs été adopté le lundi 8 septembre, lors du Conseil qu’il a présidé à Libreville. Si la mesure répond à des besoins pratiques, elle ne fait pas l’unanimité et suscite des interrogations, notamment en raison des précédents dans l’histoire récente du pays.
Un acte personnel et réversible
Les responsables du palais soulignent que cette délégation ne constitue pas une abdication du pouvoir : il s’agit d’un acte administratif strictement encadré, personnel et révocable, par lequel le chef de l’État charge un subordonné de signer certains actes en son nom, sous sa responsabilité. L’objectif est de décharger le président de certaines tâches matérielles tout en garantissant la continuité du service public.
Un expert en géopolitique rappelle que cette pratique n’est pas unique au Gabon. Au Cameroun, par exemple, le président Paul Biya avait signé en février 2019 un décret de délégation de signature au ministre d’État, Secrétaire général de la présidence, mais dans ce cas de figure, la délégation était permanente. Pour le Gabon, la délégation envisagée par Oligui Nguema devrait rester temporaire et strictement encadrée, précisent les observateurs.
Une précaution dans le contexte gabonais
Si la mesure peut sembler administrative, elle prend un relief particulier au Gabon, où le souvenir des accusations portées contre Sylvia Bongo Ondimba, soupçonnée d’avoir usurpé la signature de son mari lorsqu’il était convalescent, reste dans les esprits. Au palais, on insiste sur le fait que cette initiative ne comporte aucun risque juridique et qu’elle est motivée par l’efficacité administrative, non par une quelconque tolérance à des pratiques contestables.
La délégation de signature envisagée par le président Oligui Nguema apparaît comme une mesure de rationalisation de la gouvernance, visant à concilier autorité présidentielle et efficacité administrative, dans un cadre légal et réversible.