Lettre au Peuple 3(Chronique d’utilité discutable, mais furieusement nécessaire) : Du Ndombolo de meeting à la tablette électorale : le réveil citoyen au féminin

Au Gabon, on sait faire deux choses avec brio : organiser des meetings et faire tourner les reins des mamans. Un pagne noué, un t-shirt trop grand avec la tête d’un monsieur dessus, et c’est parti pour douze heures de slogans, de poussière et de sandwichs à la sardine. Et dans ce théâtre politique, la femme ? Actrice secondaire. Faut bien qu’on anime pendant que “Monsieur” ajuste sa cravate.

Mais certaines femmes ont quitté cette scène. Elles ont rangé le tambour, replié le pagne, et sorti les dossiers.

Elles se sont levées. Non pour ovationner, mais pour organiser. Pour construire. Pour prévenir. Pour veiller.

Et parmi elles, il y a celles du ReFLeT – Réseau Femme Lève-Toi.

Créée en 2015, pas dans un salon climatisé, mais dans la réalité d’un pays où les femmes font tout sauf décider, cette association est née d’un ras-le-bol bien articulé : marre d’être cantonnées à l’arrière-plan alors qu’on tient debout toute la baraque.

Elles ont dit : assez. Et elles ont fondé un réseau pour redonner du nerf, du sens et du leadership à celles qui portent les foyers, les marchés, les entreprises de fortune, les enfants… mais rarement les lois.

Le ReFLeT, c’est un réseau de femmes qui ont compris qu’avant de chercher des financements, faut financer la tête.

Alors elles forment. Elles organisent des ateliers. Elles vont à Mouila, à Lébamba, à Oyem, à Franceville, là où les Wi-Fi ne chantent pas, mais où les réalités hurlent. Elles parlent autonomie, estime de soi, culture démocratique, AGR (un truc compliqué pour dire Activités génératrices de Revenus), cycles de projet. Elles donnent des outils, pas des promesses.

Lire Aussi:  Coopération stratégique : Oligui Nguema ouvre les portes du Woleu-Ntem à l’investissement chinois

Et pendant qu’on organisait des concours de “la femme qui cuisine le mieux pour son mari”, elles, elles montaient un projet sérieux : Le ROC aka  Réseau des Observateurs Citoyens.

Né en novembre 2024 dans un coin où la transparence électorale s’était amoindrie comme le nombre de pharmacies acceptant la CNAMGS, le ROC a débarqué comme un système immunitaire citoyen. 12 organisations de la société civile, 500 observateurs formés, des tablettes, une stratégie, une salle de commandement. Et devine qui pilote la machine ? Le ReFLeT.

Oui, c’est bien elles, LES FEMMES. Pas celles qui font des selfies avec le député. Celles qui structurent les élections pendant que certains révisent encore les slogans.

Le ROC fonctionne avec trois chambres. Rien à voir avec les trois petits cochons, ici c’est du sérieux :

– La Chambre technique : 15 femmes, 15 hommes, 30 cerveaux connectés, qui reçoivent, vérifient, sécurisent. Chaque info est décortiquée comme un morceau de poisson frit, dans l’assiette d’un papa myene pêcheur.

– La Chambre analytique : 4 hommes, 2 femmes, présidée par une dame affûtée. Ils prennent les données et les lisent comme un vieux code électoral : à la loupe, et sans naïveté.

– La Chambre politique : 6 femmes, 3 hommes, avec à sa tête un homme non-voyant, mais qui voit clair. Elle alerte, elle prévient, elle agit. Quand les autorités dorment, elle les réveille. Quand elles sont réveillées, elle les informe. Et tout ça sans danser.

Et contrairement à d’autres structures où on se bat pour des postes comme pour une part de gâteau à un mariage fang surpeuplé, pas de quotas symboliques. C’est la compétence qui parle. Des femmes, des hommes, des personnes en situation de handicap, des profils solides. Ce n’est pas de l’inclusion Instagram ou X, c’est de la démocratie musclée !

Lire Aussi:  Regards sur une vision politique : Alain Claude Bilie By Nze à la RTG, entre symbole et réalité

Pendant ce temps-là, d’autres femmes chantent encore. On leur donne des pagnes, des sandwichs, des promesses et des fois 5000F CFA. Elles dansent sous le cagnard pour des gens qui les appellent “nos mamans” mais ne les écoutent jamais.

Mais celles du ReFLeT, celles du ROC, elles ne dansent pas.

Elles tapotent sur des tablettes, elles rédigent des rapports, elles dressent des alertes. Elles veillent.

Parce qu’elles ont compris une chose : la politique, ce n’est pas une option. C’est le squelette du quotidien. Si tu n’es pas dedans, tu te fais broyer.

Et dans un pays où les femmes doivent choisir entre une promotion et leur dignité, entre le silence et le harcèlement, entre l’utilité domestique et l’invisibilité publique, certaines ont décidé de s’asseoir. Mais pas sur un genou. Sur un siège qu’elles ont elles-mêmes fabriqué.

Alors oui, elles ne passent pas à la télé tous les soirs. Mais elles font tourner un pays. En silence. En équipe. En rigueur.

Et moi, ce soir, jour de présidentielle, je ne me sens pas nerveuse. Je me sens fière. Fière de savoir qu’il y a des femmes, des vraies, des intègres, des organisées, qui ont changé la donne sans bruit. Je me sens fière d’attendre les résultats d’un vote qu’elles ont contribué à surveiller avec panache et dignité. Parce que quand les mentalités féminines se mettent à changer, même les bulletins deviennent plus légitimes. Amen.

Et tu sais quoi ? J’ai versé ma Regab dans ma flûte. Ce soir, je la savoure comme une victoire symbolique. Et ce soir du 12 qui est 12, elle est bien fraîche.

Conseil foulosophique du jour :

Lire Aussi:  Que doit faire l’Église africaine pour que Dieu ne meurt pas comme en occident ?

Certaines femmes bougent les fesses. D’autres font bouger les lignes. Le pays a longtemps préféré les premières. Mais l’avenir, lui, s’écrira avec les secondes.

Paco, foulosophe gabonaise (ou pas), spécialisée en sagesse inutile, contradictions majeures, douceurs assumées et pensées inavouables.

2 commentaires sur « Lettre au Peuple 3(Chronique d’utilité discutable, mais furieusement nécessaire) : Du Ndombolo de meeting à la tablette électorale : le réveil citoyen au féminin »

  1. Bonjour merci 😘 beaucoup pour c’est paroles qui vient encore nous encourager bravo à la présidente du Reflet pour votre leadership transformationnelle

  2. Bravo aux femmes du ReFLeT, qui ont choisi de se lever non pas pour applaudir, mais pour agir ! Vous êtes la preuve que l’engagement féminin transforme notre société, loin des rôles secondaires et des figurations habituelles. Merci d’inspirer, de bâtir et de veiller. Que votre flamme continue d’éclairer le chemin pour d’autres femmes qui, elles aussi, choisiront de se lever.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *