Le Mali sur une pente autoritaire : vers la fin du pluralisme politique ?

Le Mali amorce un tournant politique majeur et préoccupant. Le mercredi 30 avril, au lendemain des controversées « Assises des forces vives », le gouvernement de transition a adopté un projet de loi abrogeant la Charte des partis politiques et le statut de l’opposition. Cette décision, qui pourrait signer la fin du pluralisme politique au Mali, s’inscrit dans une dynamique de concentration du pouvoir entamée depuis les coups d’État de 2020 et 2021.

Ces mesures reprennent les principales recommandations issues des assises largement boycottées par les partis notamment la dissolution pure et simple des formations politiques et la prorogation du mandat du général Assimi Goïta pour cinq années renouvelables. Si ces propositions sont validées par décret présidentiel, comme cela semble acquis, elles scelleront un basculement institutionnel majeur.

Le gouvernement promet l’élaboration d’un nouveau cadre politique, confié à l’administration du territoire, sans préciser les modalités de consultation ni la place réservée aux partis exclus. Une opacité dénoncée par de nombreux acteurs politiques, qui y voient une tentative de marginalisation systématique de l’opposition au profit d’un pouvoir centralisé et contrôlé par la junte.

Depuis l’exil, des voix comme celle d’Abdoulaye Traoré, dirigeant du RJS, dénoncent une dérive autoritaire méthodique, orchestrée à travers l’appareil administratif et les relais coutumiers. Pour lui, cette dynamique piétine les acquis de 1991, arrachés au prix d’un soulèvement contre la dictature militaire de l’époque. Il parle d’une “captation du pouvoir” déguisée en processus de transition.

L’abrogation des textes garantissant l’existence des partis et de l’opposition transforme le système malien en régime sans contre-pouvoirs, dans une logique proche du parti unique. Le modèle rappelle les dérives autoritaires du passé et aligne le Mali sur ses voisins du Sahel, le Burkina Faso et le Niger, avec lesquels il partage désormais une vision du pouvoir plus militaire qu’institutionnelle soutenue, en toile de fond, par un partenariat stratégique avec la Russie.

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À l’heure où le Mali semble s’engager sur la voie d’une “transition permanente” sans élections ni débats, la communauté internationale est confrontée à un dilemme : tolérer un nouvel ordre sécuritaire au Sahel ou s’engager plus fermement en faveur des principes démocratiques. Le sort de la démocratie malienne, forgée dans le sang en 1991, reste suspendu à cette équation instable.

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