Le Japon veut sa part du manganèse gabonais

Après la Chine, la France et l’Inde, c’est désormais le Japon qui affiche clairement ses ambitions dans le secteur stratégique du manganèse gabonais. La société nippone Asia Minerals Limited (AML), déjà bien implantée sur les marchés asiatiques, souhaite passer à l’étape supérieure : non plus se contenter d’acheter du minerai brut, mais transformer le manganèse directement au Gabon. Une évolution majeure dans les rapports économiques entre Libreville et ses partenaires, à l’heure où le pays entend reprendre la main sur ses ressources naturelles et sur la chaîne de valeur qui en découle.

L’annonce a été faite à l’issue d’une rencontre officielle entre des représentants du gouvernement gabonais et la direction d’AML, en marge d’une visite à Tokyo. Elle intervient dans un contexte précis : à partir de 2029, le Gabon interdira formellement l’exportation de manganèse brut, imposant aux investisseurs la transformation locale du minerai. Pour AML, il s’agit donc d’anticiper cette transition réglementaire et de se positionner en acteur industriel durable. Une délégation technique japonaise est attendue à Libreville dans les prochaines semaines pour étudier les conditions d’implantation d’une unité de transformation.

Cette démarche s’inscrit dans une bataille géoéconomique de plus en plus visible. Historiquement dominée par la France via Eramet et la Comilog, la filière du manganèse gabonais suscite désormais l’intérêt de puissances concurrentes. Avec une production annuelle qui dépasse les 9 millions de tonnes, le Gabon détient le quatrième plus grand gisement mondial, et ambitionne de transformer localement au moins 2 millions de tonnes par an. Dans ce contexte, chaque nouvel entrant, comme AML, vient redistribuer les cartes, relancer la compétition et renforcer les marges de négociation de l’État gabonais.

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Mais l’implantation d’une usine de transformation ne se limite pas à une simple installation industrielle. Elle exige une infrastructure logistique solide, un accès sécurisé à l’énergie, une main-d’œuvre qualifiée, un environnement fiscal clair et stable. Elle suppose également l’émergence de toute une chaîne de sous-traitance locale. C’est donc un enjeu de souveraineté économique autant qu’un défi de planification. Le gouvernement gabonais, s’il veut éviter les erreurs du passé, devra définir une stratégie industrielle exigeante, conditionner les investissements étrangers à des retombées concrètes pour les populations, et veiller à un transfert réel de compétences.

Le cas AML symbolise un tournant. Le Gabon n’est plus simplement une terre d’extraction, il devient un territoire de transformation. Mais cette transition ne sera réussie que si elle repose sur un cadre clair, ferme et équitable. Dans cette nouvelle ruée vers le manganèse, ce n’est plus seulement l’exploitation qui est en jeu, mais le contrôle du développement. Entre opportunité et dépendance, le choix appartient désormais au Gabon.

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