Le 3 mai 2026, Libreville a inauguré en grande pompe la Cité de la Démocratie, un complexe monumental destiné à accueillir une dizaine de chefs d’État et des délégations venues de plusieurs régions du monde. Le symbole est fort. La question l’est davantage : qu’est-ce que cela change, concrètement, pour les Gabonais ?
Le contrat de développement a été attribué à Summa, une entreprise turque, dans le cadre d’un modèle clé en main. Lancé en 2024, le projet a été achevé en seulement 18 mois. Le site s’étend sur près de 42 000 m² et comprend des salles de conférence modernes, une grande salle de congrès, des espaces de réunion spécialisés, une salle de banquet et un pavillon présidentiel capable d’accueillir jusqu’à 55 chefs d’État, etc. Mais combien cela a-t-il coûté ? Des dizaines de milliards ? Le montant exact du contrat n’a jamais été officiellement communiqué aux Gabonais. Ce silence budgétaire, dans un pays qui négocie sa trajectoire fiscale avec le FMI, mérite d’être posé.
Un pays riche, une population appauvrie
Le paradoxe gabonais n’est pas nouveau, mais les chiffres récents l’accentuent. Le revenu théorique annuel par habitant s’établit à 7 540 dollars, soit 4 524 000 FCFA selon la Banque mondiale, l’un des plus élevés d’Afrique subsaharienne. Pourtant, 34,6 % des Gabonaises et des Gabonais vivent sous le seuil de pauvreté monétaire en 2024. Un habitant sur trois, dans l’un des pays les plus riches du continent. Le secteur informel absorbe 60 % de la main-d’œuvre gabonaise, sans couverture, sans retraite, sans filet social.
34 % de chômage chez les jeunes : le chiffre qui accuse
L’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage (ENEC) 2024, remise au gouvernement le 29 avril 2026, recense 109 733 personnes sans emploi à l’échelle nationale et fait état d’un taux de chômage des jeunes culminant à 34 %, soit un actif sur trois dans cette tranche d’âge. En 2024, l’État gabonais a délivré plus de 4 000 autorisations de travail à des expatriés qualifiés, tandis qu’environ 120 000 jeunes diplômés gabonais restent sans emploi. Ces deux chiffres, mis côte à côte, racontent à eux seuls l’écart entre la vitrine diplomatique et la réalité du marché du travail.