Charbonnages : l’échec répété du déguerpissement ou le révélateur d’un malaise urbain plus profond ?

À grand renfort de communication, la mairie de Libreville annonçait fièrement avoir dégagé les abords du carrefour des Charbonnages de l’emprise anarchique des vendeurs ambulants. Une opération menée en synergie avec les Forces de police nationale (FPN), saluée comme une reconquête de l’espace public et une première étape vers un réaménagement urbain digne de ce nom. Pourtant, quelques mois plus tard, la réalité reprend ses droits : les commerçants sont de retour. Massivement. Visiblement. Incontestablement.

À la faveur de l’inertie municipale, les trottoirs et portions de chaussée ont retrouvé leur chaos d’antan : étals improvisés, marchandises à même le sol, flux de piétons contraints de déambuler au milieu des voitures, embouteillages aggravés. La scène, bien que familière, interroge : que s’est-il passé entre le coup de balai symbolique et cette réoccupation méthodique des lieux ?

Les forces de l’ordre, pourtant déployées pour sécuriser le périmètre, semblent avoir baissé la garde. Les fameuses barrières dissuasives installées après le déguerpissement n’ont pas tenu. Et le commerce informel, dynamique par nature, s’est réorganisé. Ce retour en force révèle bien plus qu’un simple manquement logistique : il incarne la fragilité des politiques publiques face à des réalités socio-économiques endémiques.

Une réponse institutionnelle à bout de souffle

L’incapacité des autorités locales à contenir cette occupation récurrente soulève une question fondamentale : la municipalité est-elle en capacité de faire respecter ses propres décisions ? La réponse, implicitement donnée par les faits, semble négative.

Ce n’est pas faute d’avoir agi. C’est faute d’avoir pensé une alternative viable. Car chasser des commerçants précaires sans leur proposer une solution pérenne, c’est créer un vide que le besoin de survie se chargera vite de combler. En d’autres termes : déguerpir sans reloger, c’est échouer.

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Or, si le carrefour des Charbonnages est emblématique, il n’est en rien un cas isolé. Le phénomène s’étend, se reproduit, et finit par banaliser l’exception. Cette incapacité à anticiper, planifier et contenir la réinstallation spontanée de vendeurs dans des zones interdites à la vente illustre une municipalité plus réactive que stratégique, plus punitive qu’inclusive.

Entre sécurité urbaine et urgence sociale : un dilemme en campagne

Ce théâtre urbain récurrent n’est pas seulement une problématique d’aménagement. Il est politique. Surtout à l’heure où le pays se prépare à une élection présidentielle décisive, prévue le 12 avril 2025. Car derrière les étals réinstallés se cachent des milliers de vies : mères isolées, jeunes chômeurs, migrants économiques… Tous exclus des circuits formels, mais tous déterminés à survivre coûte que coûte.

Faut-il les condamner à l’illégalité faute d’alternative ? La sécurité urbaine peut-elle être envisagée sans justice sociale ? Et surtout : qui, parmi les candidats à la magistrature suprême, osera prendre à bras-le-corps cette question que beaucoup contournent ?

Pour l’heure, les projets de marchés modernes promis restent invisibles. Les vendeurs, eux, disent attendre un espace adapté à leurs besoins. En attendant, ils bravent les interdits. Et les autorités, incapables de sortir de la logique du « coup de force », tournent en rond dans un cycle aussi usant qu’inefficace.

Un échec structurel, pas seulement conjoncturel

La persistance de cette occupation illégale n’est pas seulement une atteinte à l’ordre public : elle est le révélateur d’un échec plus global, celui d’une gouvernance urbaine qui peine à s’adapter à la démographie, à la pauvreté, et à la dynamique propre à l’économie informelle. Le problème n’est pas le vendeur : c’est l’absence d’une politique économique et urbaine capable d’intégrer l’existant au lieu de vouloir l’effacer. En définitive, le cas des Charbonnages est moins une affaire de trottoirs que de cap politique. Moins une question d’autorité que de vision. Et tant que l’on continuera à traiter les symptômes sans s’attaquer aux causes, le spectacle du retour des vendeurs après chaque déguerpissement se répétera inlassablement — au mépris de l’ordre urbain, de la dignité humaine et de la crédibilité institutionnelle.

Un commentaire sur « Charbonnages : l’échec répété du déguerpissement ou le révélateur d’un malaise urbain plus profond ? »

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