[Tribune]_ 32 % de population étrangère au Gabon : par-delà le nombre, ce qui dérange vraiment

Cela est un fait, le Gabon, notre pays, est reconnu pour sa tradition d’hospitalité et sa stabilité politique en Afrique centrale. Mais il se trouve aujourd’hui confronté à une réalité démographique et économique qui interpelle. De fait, les résultats du recensement général de la population et de l’habitat révèlent qu’environ 32 % des personnes vivant sur le territoire gabonais sont de nationalité étrangère. Ce chiffre, bien qu’élevé, et au-delà des inquiétudes légitimes qu’il suscite, mérite d’être analysé avec recul. On peut en effet considérer que ce n’est pas tant la présence de ces populations qui suscite l’inquiétude, mais plutôt la manière dont cette cohabitation s’organise dans le domaine économique et social, créant un déséquilibre que de nombreux Gabonais ressentent comme une injustice entretenue.

Disons qu’au cœur de cette tension se trouve principalement une question de gouvernance et de réponses institutionnelles. Pour raison, les autorités gabonaises, malgré l’urgence de la situation, semblent afficher une forme d’indifférence préoccupante. Jusque-là, aucune proposition claire n’a émergé pour rassurer les citoyens et encadrer cette réalité. Plus problématique encore, les mesures annoncées depuis l’année précédente pour réduire l’emprise des populations expatriées sur la petite économie n’ont pas été appliquées. Les secteurs du transport, du petit commerce, de la distribution d’eau, ainsi que le BTP et l’exploitation des carrières de sable et de gravier, demeurent largement contrôlés par des non-nationaux. Et cette situation perdure dans un contexte où l’économie informelle domine et où les mécanismes de régulation peinent à produire des effets concrets.

Cette mainmise économique soulève une question fondamentale ? celle de la préférence communautaire. Car bien que ces activités génèrent des emplois, force est de constater que les opportunités profitent d’abord aux membres de ces communautés, au détriment des Gabonais. Il s’est ainsi créé un phénomène de communautarisme économique qui exclut progressivement les nationaux de ces secteurs pourtant accessibles. Et cette dynamique est d’autant plus douloureuse qu’elle se déploie dans un pays où près de 40 % de la jeunesse est au chômage, en quête d’une activité génératrice de revenus, où de nombreux citoyens luttent pour accéder aux soins, à un logement décent et à une alimentation suffisante. De tout cela naît un énorme sentiment d’humiliation qui traverse désormais la conscience collective, au point de nourrir l’impression que les Gabonais n’ont droit à rien dans leur propre pays, tandis que les étrangers semblent bénéficier de tous les privilèges économiques, comme s’ils étaient plus chez eux que les Gabonais eux-mêmes.

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Clarifions toutefois un point essentiel, les Gabonais ne sont pas xénophobes. Ce qu’ils expriment, c’est une lassitude face à une situation où leur économie semble prise en otage, avec l’impression d’une complicité tacite de leurs autorités, et ce depuis trop longtemps. Le transfert massif des capitaux vers leurs pays d’origine, sans retombées significatives pour le développement local, auquel on assiste quasi quotidiennement, alimente ce ressentiment. Ce n’est donc pas tant la présence étrangère en soi qui pose problème quoi que, mais l’absence de cadre équitable et de régulation efficace. Une réponse politique courageuse et inclusive est indispensable aujourd’hui. Elle doit pouvoir restaurer la confiance et protéger les intérêts des nationaux si l’on veut construire une cohabitation économique véritablement bénéfique pour tous.

Owone Nguema, professeur de philosophie

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