Santé au travail : quand la performance au travail flirte avec l’addiction au travail

À mesure que les exigences de performance s’intensifient dans les environnements professionnels contemporains, une ligne autrefois claire devient de plus en plus floue, celle qui sépare l’engagement sain de la dépendance au travail. C’est à cette problématique que s’est attaquée, le 29 avril, une journée d’étude organisée par le Réseau Gabonais des Psychologues du Travail et des Organisations, en partenariat avec le Centre de Recherche et d’Études en Psychologie.

Le 29 avril dernier, à l’initiative du Réseau Gabonais des Psychologues du Travail et des Organisations, en partenariat avec le Centre de Recherche et d’Études en Psychologie, une question dérangeante a été posée sans détour celle de savoir jusqu’où peut-on aller au nom de la performance ?

Dans un espace où les exigences professionnelles ne cessent de croître, le travail n’est plus seulement un moyen de subsistance. Il devient, pour beaucoup, un marqueur identitaire, un espace de validation personnelle. Et parfois, un piège.

La frontière invisible entre passion et dépendance

Au cœur des échanges, Herland Moussavou-Moussavou, doctorant en psychologie du travail à l’Université Omar Bongo a fait sur une distinction essentielle, celle entre passion « harmonieuse » et passion « obsessionnelle ». La première favorise l’épanouissement et un engagement durable, tandis que la seconde repose sur une pression interne, souvent liée au besoin de reconnaissance ou à la peur de l’échec.

Derrière cette nuance se cache une transformation profonde du rapport au travail. De plus en plus, la valeur personnelle tend à se confondre avec la performance, transformant l’activité professionnelle en un espace de validation identitaire. Ce glissement ouvre la voie à des formes d’addiction comportementale encore sous-estimées. Où l’échec n’est plus une étape, mais une menace intime. Le travail devient alors un refuge… ou une fuite.

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Le workaholisme, une dérive banalisée

Longtemps perçu comme un excès marginal, le workaholisme s’impose aujourd’hui comme un phénomène préoccupant. Semaines à rallonge, incapacité à décrocher, culpabilité au repos, autant de signaux faibles souvent valorisés dans les cultures d’entreprise, n’a pas manqué le Pr. Tessa Moundjiegoult.

Le paradoxe est frappant. Ce qui devrait alerter est parfois applaudi. L’hyper-investissement devient un étalon de mérite. Et dans cette normalisation, les conséquences s’accumulent comme les troubles du sommeil, l’anxiété, l’isolement familial.

Au Gabon, si les données restent encore fragmentaires, les symptômes, eux, sont déjà bien visibles.

Quand la performance devient une drogue

Les mécanismes de compensation ont également été au centre des discussions. Dans certains milieux professionnels, notamment chez les cadres, la pression pousse à adopter des mécanismes de compensation. L’alcool, par exemple, apparaît comme un exutoire face au stress chronique. Mais au-delà de ces échappatoires, c’est bien la logique même de performance qui agit comme un stimulant, présenté ici par Dr. Moussa-Mouloungui, un stimulant dangereux, car socialement valorisé.

Dans une autre perspective, Dr. Mabika Landry-Fabrice a introduit la notion de « toxicomanie de la performance ». Ici, aucune substance n’est en cause, c’est la recherche compulsive de résultats qui devient une dépendance. Ce phénomène, souvent encouragé à court terme par les logiques organisationnelles, s’avère particulièrement insidieux, car il conduit à un épuisement progressif de l’individu.

Derrière l’addiction, des fragilités invisibles

L’approche clinique présentée lors de cette rencontre par le Mme Marehin Marie-Stella, docteur en psychologie clinique et psychopathologie,  rappelle une évidence souvent négligée, que l’addiction au travail ne naît pas uniquement dans les opens spaces ou les salles de réunion. Elle plonge aussi ses racines dans l’histoire personnelle des individus.

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Besoin de reconnaissance, blessures anciennes, quête de légitimité voici autant de facteurs qui peuvent transformer l’investissement professionnel en refuge psychologique. Le travail n’est plus seulement un lieu de production. Il devient un terrain de réparation parfois au prix de l’épuisement pour certains.

Repenser la performance, urgence collective

Face à ce constat, une idée s’impose avec force celle que la performance durable ne peut plus être dissociée de la santé mentale.

Au niveau individuel, il s’agit de réapprendre à poser des limites, à valoriser le repos, à déconstruire l’illusion du perfectionnisme. Mais l’enjeu dépasse largement la sphère personnelle.

C’est toute une culture organisationnelle qui doit évoluer. Promouvoir la délégation, instaurer de véritables politiques de prévention des risques psychosociaux, redonner de la valeur à l’autonomie plutôt qu’au contrôle permanent , autant de leviers encore trop peu activés.

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