Désillusion institutionnelle, aveux déconcertants « je ne possède toujours pas la Constitution » et excuses soigneusement formulées, le député Germain Ebolo dresse le portrait d’une Assemblée nationale aussi mystérieuse dans son fonctionnement.
C’est une déclaration qui fera date dans les annales de la vie politique gabonaise ou au moins dans la catégorie « réalisme brutal ». Germain Ebolo, député du deuxième siège du département du Woleu, a récemment offert au public une plongée rare dans les coulisses de l’Assemblée nationale avec une phrase déjà culte « À ce jour, je ne possède toujours pas la Constitution. » Il siège à l’Assemblée nationale… sans Constitution.
Un détail, diront certains. Après tout, pourquoi s’encombrer du « socle fondamental de notre travail législatif » quand on peut naviguer à vue, porté par l’instinct et, éventuellement, par la bonne humeur du jour ?
Dans son témoignage, l’élu ne mâche pas ses mots. Il décrit une institution où « la structure administrative apparaît vide, dépourvue de méthodes claires et marquée par une absence manifeste de management ». Une ambiance que d’aucuns qualifieraient de minimaliste, voire conceptuelle : ici, le vide devient une ligne directrice.
Mention spéciale également aux curriculum vitae, « collectés pour constituer des dossiers dont l’utilité reste, à ce jour, inconnue ». Une initiative administrative audacieuse, qui pourrait inaugurer un nouveau courant celle de la bureaucratie contemplative.
Mais le moment le plus touchant reste sans doute cette confession presque nostalgique « Plus jeune, j’avais idéalisé cette institution. » Avant d’ajouter, dans un élan de sincérité désarmante « Ma vie antérieure était, à bien des égards, plus satisfaisante. », ce qui constitue sans doute la première fois dans l’histoire qu’un mandat parlementaire est comparé défavorablement à la vie civile. Une déclaration qui risque de faire réfléchir plus d’un aspirant député.
Et pourtant, malgré cette désillusion, Germain Ebolo s’accroche. Le serment prêté à ses concitoyens demeure « sa principale motivation pour continuer à servir ». Une persévérance admirable, surtout quand on exerce sans Constitution, sans outils, et visiblement sans mode d’emploi.
Dans un retournement digne des grandes tragédies politiques, l’honorable a ensuite adopté un ton nettement plus apaisé. Dans une lettre adressée au président de l’Assemblée, il reconnaît « le caractère inapproprié » de sa prise de parole et présente « ses excuses les plus sincères ». L’homme qui dénonçait un système « archaïque » veille désormais à rappeler son « profond respect » pour l’institution preuve que, même dans le chaos administratif, les formules de politesse restent parfaitement opérationnelles.
Enfin, l’appel solennel au renouveau vient conclure ce tableau « La Cinquième République doit impérativement proposer un renouveau. » Une urgence qui semble d’autant plus pressante que, comme le souligne le député, « le Gabon est un petit pays : nous nous connaissons tous, et chacun sait qui est qui. » Y compris, vraisemblablement, ceux qui savent où sont les dossiers… et ceux qui savent où ils ne sont pas.
Reste une interrogation essentielle dans cette Assemblée décrite comme « vide » mais pleine de bonnes intentions, quelqu’un finira-t-il par retrouver la Constitution ou faudra-t-il, là aussi, lancer un appel au renouveau ?