Le rideau vient de tomber sur une élection présidentielle qui restera gravée dans les annales politiques du Gabon. Moins de vingt-quatre heures après la tenue du scrutin, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Hermann Immongault, a livré les résultats provisoires : Brice Clotaire Oligui Nguema est largement en tête avec 90,35 % des suffrages exprimés, ce qui équivaut à 575 222 voix sur un total de 610 747 votes valides. Le taux de participation s’élève à 70,4 %, signe d’un engouement notable des électeurs pour ce scrutin décisif.
Cette élection marque la fin officielle de la Transition politique entamée après le coup d’État du 30 août 2023, qui avait renversé l’ancien président Ali Bongo Ondimba. À l’époque, le pays s’était engagé dans un processus de refondation sous la conduite d’un homme jusque-là peu connu du grand public mais bien implanté dans les arcanes du pouvoir : Brice Clotaire Oligui Nguema, militaire de carrière, ancien chef de la Garde républicaine et ex-aide de camp des présidents Bongo père et fils.
Depuis son accession provisoire à la magistrature suprême en septembre 2024, Oligui Nguema s’était fixé pour mission de stabiliser les institutions, restaurer la confiance et ouvrir le débat national, en promettant initialement de remettre le pouvoir aux civils après deux années. Mais entre temps, une nouvelle Constitution a été soumise et validée par référendum, ouvrant la voie à sa candidature officielle à la présidence. Sa victoire, désormais confirmée par ces résultats provisoires, lui donne un mandat de sept ans à la tête de l’État.
Derrière lui, son opposition peine à s’imposer. L’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, figure centrale du régime déchu, ne recueille que 3,2 % des suffrages, avec 19 227 voix. Les autres candidats ferment la marche avec des scores symboliques : Joseph Lapensée Essingon (0,56 %), Gninga Chaning Zenaba (0,38 %), Stéphane Germain Iloko Boussengui (0,33 %), Alain Simplice Boungoueres (0,32 %), Axel Stophène Ibinga Ibinga (0,13 %) et Thierry Yvon Michel N’Goma (0,09 %).
Sur les 908 916 inscrits sur les listes électorales, répartis dans 3037 bureaux de vote au Gabon et dans la diaspora, 636 606 citoyens ont accompli leur devoir civique, malgré quelques retards observés dans certains centres de vote à l’étranger. À noter que les bulletins blancs ou nuls représentent un total important de 250 859, un chiffre qui témoigne peut-être d’un certain scepticisme ou d’un désaccord silencieux, que les prochaines semaines devront permettre de décrypter.
Avec cette victoire écrasante, le Général-Président devient le visage incontesté d’un nouveau chapitre de l’histoire gabonaise. Sa campagne, articulée autour d’un slogan à la fois sobre et ambitieux – « Bâtir un édifice nouveau pour notre essor vers la félicité » – a visiblement séduit une grande partie de l’électorat, au-delà des clivages traditionnels. Son image de rassembleur, renforcée par sa capacité à fédérer aussi bien des figures de l’opposition que d’anciens cadres du Parti Démocratique Gabonais (PDG), a su créer un consensus inédit dans l’arène politique.
Les attentes sont désormais à la hauteur du plébiscite. La société civile, les syndicats, la jeunesse et les acteurs économiques attendent du nouveau président qu’il incarne une gouvernance intègre, inclusive et efficace. La lourde tâche qui l’attend exige une vigilance constante, une rupture avec les pratiques du passé, et une capacité à tenir les promesses du renouveau.