Déclaration du Vénérable Célestin BOUNDJANGA, Sénateur de la LOUETSI-WANO (LEBAMBA)

La décision rendue publique le mardi 17 février 2026 par la Haute Autorité de la Communication de suspendre l’accès aux réseaux sociaux au Gabon suscite, à juste titre, interrogations et préoccupations dans l’opinion.

Parlementaire et responsable politique, et ne pouvant être en marge du débat crucial suscité par cette situation inédite, je tiens à exprimer ma position avec clarté, responsabilité et attachement aux principes démocratiques qui doivent guider notre action collective.

Pour la gouverne de tous, les réseaux sociaux ne constituent plus un simple espace de distraction. Ils sont aujourd’hui des lieux d’expression citoyenne, d’échange public, d’information et de participation à la vie nationale. Leur suspension, même temporaire, ne saurait donc être considérée comme une mesure banale. Car, dans une démocratie telle que la nôtre, la régulation de la parole publique doit invariablement primer sur sa restriction.

Certes, la préservation de l’ordre public, la lutte contre la désinformation et la prévention des discours dangereux constituent des impératifs légitimes pour le maintien de la paix sociale et de la concorde nationale. Toutefois, la réponse à ces défis doit demeurer proportionnée, transparente et conforme à l’esprit de nos engagements démocratiques.

Au-delà des considérations institutionnelles, il convient de souligner l’impact économique direct d’une telle décision. De nombreux jeunes entrepreneurs gabonais dépendent exclusivement des plateformes numériques pour exercer leurs activités. Pour eux, les réseaux sociaux sont à la fois un outil de travail, un marché, une vitrine commerciale et un canal de transaction. Leur suspension entraîne immédiatement interruption d’activité, pertes financières et fragilisation d’initiatives pourtant encouragées par nos politiques publiques en matière d’auto-emploi et d’innovation.

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Sur le plan juridique, comme l’ont déjà dit d’autres compatriotes, cette décision pose également problème. En effet, il importe de rappeler que le Code de la Communication en vigueur et la loi n°014/2023 confère à la HAC des pouvoirs étendus de régulation à l’égard des médias professionnels (chaînes de télévision, radios, journaux, sites d’information ou plateformes à vocation médiatique) qu’elle peut sanctionner en cas d’irrégularités ou de contenus problématiques.

En revanche, ce texte ne lui attribue aucun pouvoir direct pour suspendre l’accès aux réseaux sociaux de simples utilisateurs non assimilés à des médias. Dans ces situations, son rôle se limite normalement à signaler les contenus litigieux aux plateformes telles que Meta, Google, X, Facebook ou TikTok, ou à saisir l’autorité judiciaire compétente.
La décision querellée soulève donc des appréhensions légitimes, dans la mesure où celle-ci dépasse manifestement le champ légal strict de la régulation sectorielle qui incombe à la HAC, car entrant en tension avec le principe constitutionnel de la liberté d’expression en République Gabonaise.

Face à ces enjeux, la vraie réponse aux maux dénoncés ne réside pas dans des mesures générales de restriction mais dans la construction d’un cadre moderne, clair et opérationnel de régulation numérique. A cet effet, la HAC devrait s’atteler, en collaboration étroite avec le Ministère de la Communication, le Ministère de l’Économie numérique et l’Autorité en charge de la protection des données à caractère personnel, à mettre en place des mécanismes efficients, efficaces et juridiquement sécurisés de traitement des contenus litigieux. Ces dispositifs devraient être consignés dans un futur Code de la communication mis à jour ainsi que dans tout texte législatif ou réglementaire utile.

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Au demeurant, l’expérience politique nous enseigne qu’une mesure exceptionnelle peut, si l’on n’y prend garde, devenir un précédent. Aussi toute restriction touchant aux libertés publiques et à l’activité économique doit-elle être strictement limitée dans le temps, clairement motivée et assortie de mécanismes d’évaluation.

Notre pays traverse une étape importante de son évolution institutionnelle. Cette phase exige des institutions fortes, mais surtout confiantes dans la maturité et le sens des responsabilités du peuple gabonais.

En conséquence, j’appelle respectueusement les autorités compétentes à réexaminer cette décision dans les meilleurs délais, dans un esprit de dialogue, d’apaisement et de responsabilité partagée. Il ne s’agit nullement de contester l’autorité de l’État, mais de rappeler que la protection de la nation doit toujours aller de pair avec la préservation des libertés fondamentales et la promotion de l’activité économique.

Le Gabon mérite une démocratie vivante, ouverte et confiante, capable de concilier ordre public, liberté d’expression et dynamisme entrepreneurial. Telle est la voie indiquée pour un État moderne, fidèle à ses engagements envers son peuple.

Je vous remercie

Déclaration du Vénérable Célestin BOUNDJANGA, Sénateur de la LOUETSI-WANO (LEBAMBA), Président du groupe parlementaire Forces Patriotiques au Sénat.

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