Le climat social à Gabon Télévisions continue de se dégrader. Alors qu’un apaisement était attendu après plusieurs semaines de tensions, la direction générale a opté pour une ligne dure, ravivant les crispations au sein de l’audiovisuel public. Filtrage strict à l’entrée des locaux, exigences jugées humiliantes et défi apparent à l’autorité de tutelle, la situation prend des allures de crise ouverte.
Depuis quelques jours, l’accès aux locaux est soumis à un contrôle inédit. Seuls les agents dont les noms figurent sur des listes validées par la direction sont autorisés à franchir les portes. Une mesure que beaucoup assimilent à une « liste noire », instaurée sans cadre clair et perçue comme une mise à l’écart arbitraire de certains personnels. « C’est une forme de ségrégation professionnelle qui ne dit pas son nom », confie un agent sous couvert d’anonymat.
À ce filtrage s’ajoute une exigence qui suscite une vive indignation, la signature obligatoire d’une « fiche d’engagement » rendant chaque travailleur responsable d’éventuelles dégradations ou pertes matérielles. Pour les syndicats, il s’agit d’un véritable chantage, destiné à dissuader toute contestation et à faire peser une suspicion permanente sur les agents. « On nous demande de nous auto-incriminer par avance », dénonce un représentant syndical.
Le président du syndicat pointe une « mauvaise foi manifeste » de la direction, qui invoque la prévention de possibles actes de vandalisme sans en apporter la moindre preuve. « On brandit des prétextes fantaisistes pour justifier des mesures liberticides et installer un climat de peur », fustige-t-il. Cette stratégie sécuritaire, jugée disproportionnée, alimente un sentiment de mépris hiérarchique et accentue la fracture entre la direction et le personnel.
Plus grave encore, cette attitude est perçue comme un défi direct à l’autorité ministérielle. Le ministre de la Communication avait pourtant donné des instructions claires, reprise immédiate du dialogue social et libre accès aux locaux pour tous les agents sur présentation d’une pièce d’identité ou d’une carte professionnelle. En s’affranchissant de ces directives, la direction générale expose l’entreprise publique à une crise institutionnelle et ternit l’image d’un secteur déjà fragilisé.
Dans ce climat de défiance, la Maison de Verre, symbole de transparence et de service public, semble se refermer sur elle-même. « Le cadenas a remplacé le micro », résume amèrement un journaliste. Reste une question centrale : jusqu’où ira cette logique de confrontation, et combien de temps encore le dialogue sera-t-il sacrifié sur l’autel de la crispation managériale ?