Enlèvement d’enfants : la justice gabonaise en manque d’efficacité ?

La découverte du corps sans vie de Ngueba Loko Pascal Cameron, disparu le 18 décembre dernier et retrouvé hier dans un caniveau derrière l’hôtel de la CAN, dans le 6ᵉ arrondissement de Libreville, a ravivé une douleur profonde et une colère sourde. Une colère nourrie par une question lancinante, la justice gabonaise est-elle réellement en mesure de répondre efficacement aux affaires d’enlèvement et de crimes impliquant des enfants ?

Selon les premiers éléments, le mobile du crime demeure flou. La famille, encore sous le choc, attend des réponses claires. Mais au-delà de ce drame individuel, c’est l’ensemble de l’opinion publique qui s’interroge. Comme dans de nombreuses affaires similaires, l’annonce du décès est venue avant celle d’une avancée significative de l’enquête. Une situation qui alimente le sentiment d’impuissance et d’abandon chez les proches des victimes.

En août 2025, le pays avait déjà été profondément marqué par l’affaire Esther Ludivine Moussavou Eyang Mba, violée puis assassinée au PK 13. Une affaire particulièrement sensible, impliquant une mineure, et qui avait suscité une vive émotion nationale. Très vite, des voix s’étaient élevées pour dénoncer une enquête jugée opaque, des informations distillées au compte-gouttes, et une communication institutionnelle quasi inexistante.

Plusieurs mois plus tard, le grand public ignore encore les conclusions précises de cette affaire. Qui sont les véritables responsables ? Ont-ils été jugés, condamnés Ce silence judiciaire alimente une perception dangereuse, celle d’une justice lente, parfois hésitante, et surtout peu lisible pour les citoyens.

Investigations brouillonnes et communication défaillante

Dans plusieurs dossiers d’enlèvement ou de meurtre d’enfants, le même schéma semble se répéter : des investigations annoncées mais rarement expliquées, des pistes évoquées puis abandonnées sans justification, et une absence quasi totale de comptes rendus publics sur l’issue des procédures.

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Sans remettre systématiquement en cause le travail des magistrats ou des forces de sécurité, cette défaillance communicationnelle contribue à décrédibiliser l’action judiciaire. Pour beaucoup de Gabonais, le sentiment prévaut que certaines enquêtes s’enlisent, que les responsabilités ne sont pas toujours clairement établies, et que les familles des victimes sont laissées seules face à leur deuil.

Quand l’impunité devient une peur collective

L’enjeu dépasse largement le cadre judiciaire. Il touche à la protection de l’enfance, à la confiance dans les institutions, et à la cohésion sociale. Chaque affaire non élucidée renforce la peur, banalise la violence et installe l’idée que l’impunité pourrait devenir la norme.

Aujourd’hui, face à la recrudescence des disparitions et crimes impliquant des enfants, les autorités gabonaises sont attendues sur des actes forts. Les familles endeuillées ne réclament ni vengeance ni sensationnalisme. Elles demandent simplement la vérité, la justice et la certitude que tout est mis en œuvre pour que ces drames ne se répètent plus.

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