Le Burkina Faso renoue avec la peine capitale

Le Burkina Faso a officiellement réintroduit la peine de mort, une décision majeure actée le 4 décembre en Conseil des ministres sous la présidence du capitaine Ibrahim Traoré. Le gouvernement de transition a validé un projet de loi réformant en profondeur le Code pénal et rétablissant la peine capitale pour plusieurs infractions graves, parmi lesquelles la haute trahison, les actes de terrorisme et les faits d’espionnage. Pour le ministre de la Justice et des Droits humains, Edasso Rodrigue Bayala, cette réforme « répond aux aspirations profondes du peuple » et s’inscrit dans la dynamique de refondation des institutions.

Cette volte-face marque un tournant majeur pour un pays qui avait aboli la peine de mort dans son Code pénal en 2018, même si aucune exécution n’avait été enregistrée depuis 1988. La junte avait laissé entrevoir ce durcissement depuis plus d’un an : dès novembre 2024, des sources officielles évoquaient la préparation d’un texte réintroduisant la peine capitale pour répondre aux « impératifs de sécurité nationale ». Le signal politique est clair : renforcer l’État face aux menaces internes et resserrer l’arsenal répressif.

Au-delà de la peine de mort, la révision du Code pénal comporte d’autres mesures présentées comme des « innovations majeures ». La « promotion des pratiques homosexuelles et assimilées » fait désormais l’objet de sanctions renforcées, sans que les modalités précises aient été dévoilées. Le gouvernement annonce par ailleurs un doublement des amendes minimales pour les infractions pénales, désormais fixées à 500 000 francs CFA. Les sanctions liées à la sécurité routière, responsables d’une forte mortalité, sont, elles aussi, revues à la hausse, tout comme les peines visant la corruption : pour les détournements supérieurs à 5 milliards de francs CFA, les contrevenants risquent désormais la prison à perpétuité.

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La réforme introduit également le travail d’intérêt général comme peine principale, un changement censé moderniser la réponse pénale. Mais cette orientation sécuritaire suscite de vives réactions. Human Rights Watch dénonce un « nouveau coup porté à la situation déjà très préoccupante des droits humains » au Burkina Faso, où l’espace civique s’est considérablement rétréci depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Traoré.

Dans le paysage international, le Burkina Faso s’inscrit en rupture avec la tendance mondiale. Près de 170 États ont aboli la peine de mort en droit ou pratiquent un moratoire de fait. Toutefois, plusieurs pays maintiennent encore les exécutions capitales. En Afrique, l’Égypte, la Somalie ou encore le Botswana y recourent régulièrement. En Asie, la Chine, l’Iran et l’Arabie saoudite figurent parmi les États qui exécutent le plus chaque année. Aux États-Unis, la peine de mort demeure en vigueur dans plusieurs États fédérés, malgré un recul progressif de son usage. Le Burkina Faso rejoint ainsi un cercle réduit, mais durable, de pays qui considèrent encore la peine capitale comme un instrument de dissuasion ou de souveraineté judiciaire.

Avec ce rétablissement, Ouagadougou tourne définitivement la page de l’abolition entamée il y a sept ans. Reste à savoir comment cette réforme sera appliquée et dans quelle mesure elle redéfinira les contours de la justice burkinabè, dans un contexte national toujours marqué par l’insécurité et l’exercice autoritaire du pouvoir.

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