Serena Mall – UGB : le carrefour où l’économie flaire le déchet

Il faut le voir pour le croire. Au carrefour le plus stratégique du centre-ville de Libreville, celui qui relie l’immeuble Serena Mall aux banques UGB et Orabank, dans le périmètre direct des bureaux de l’ANPI-Gabon et de plusieurs établissements, trône désormais une montagne d’ordures qui tient lieu de décor urbain. En plein cœur du quartier des affaires, là où se croisent investisseurs, diplomates, entrepreneurs et cadres, une poubelle publique a été érigée comme un monument à la désinvolture. Les passants se pincent le nez, les automobilistes détournent le regard, mais rien ne bouge : Libreville donne à voir, une fois encore, son paradoxe le plus criant : la coexistence entre la modernité affichée et la négligence assumée.

Ce carrefour, censé refléter l’image d’une capitale qui se veut attractive, devient le symbole de son contraire : une vitrine souillée au pied des tours de verre. Les visiteurs étrangers qui s’y aventurent, investisseurs venus rencontrer les agents de l’Agence nationale de la promotion des investissements (ANPI), représentants de banques, délégations économiques, y découvrent, non pas le visage d’un pays en mutation, mais celui d’un État encore incapable de gérer son environnement immédiat. Comment espérer séduire les capitaux internationaux quand la première impression, à la sortie d’un rendez-vous d’affaires, est celle d’une poubelle débordante et d’odeurs pestilentielles ?

Au-delà de l’esthétique, c’est une question de gouvernance urbaine et d’intelligence territoriale. Ce carrefour n’est pas un lieu anodin : il concentre une part symbolique de la stratégie de diversification économique du pays. Y implanter un point d’ordures, au milieu des institutions censées incarner la rigueur et la modernité, relève d’un contresens absolu. La ville-capitale, censée donner le ton du renouveau, se transforme en laboratoire de la désorganisation. Les services municipaux semblent s’être résignés à l’idée que l’insalubrité est une fatalité tropicale. Pourtant, dans la hiérarchie de l’attractivité urbaine, la propreté est le premier investissement.

Lire Aussi:  La jeunesse gabonaise s’élève face à l’urgence climatique

Ce n’est pas une poubelle, c’est un message. Celui d’un État qui oublie que l’économie ne se bâtit pas seulement sur les chiffres, mais sur la confiance que suscite l’environnement. Aucun investisseur sérieux n’apporte son capital dans un pays où les déchets trônent à la porte des banques et des institutions de promotion économique. L’insalubrité du centre-ville de Libreville n’est pas qu’un problème d’hygiène : c’est un signal de déclin, une faute politique autant qu’esthétique. Il ne s’agit pas d’embellir pour séduire, mais de comprendre qu’aucune stratégie de développement n’a jamais fleuri sur un tas d’ordures.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *