Pékin vient d’instaurer une nouvelle règle dans son arsenal de contrôle numérique : désormais, tout créateur de contenu souhaitant s’exprimer sur des sujets jugés sensibles, comme la médecine, le droit, l’éducation, l’économie ou les finances personnelles, devra détenir une certification officielle attestant de sa compétence. Cette mesure, selon les autorités chinoises, vise à lutter contre la désinformation et à moraliser un espace numérique en pleine effervescence.
Concrètement, seuls les détenteurs de diplômes, licences ou attestations reconnues pourront désormais diffuser des analyses ou des conseils dans ces domaines. Les grandes plateformes devront vérifier ces titres, signaler les contenus non conformes et retirer les publications suspectes. Les sanctions prévues (amendes, suspensions, voire poursuites judiciaires) traduisent la volonté du pouvoir central de redéfinir la frontière entre expertise et expression libre. Pour Pékin, il ne s’agit plus seulement de réguler le numérique, mais d’y imposer un nouvel ordre intellectuel.
Si cette approche séduit une partie de l’opinion chinoise, lassée des fake news et des dérives des influenceurs autoproclamés, d’autres y voient un risque de censure institutionnalisée. En confiant à l’État le pouvoir de décider qui est légitime pour parler, la Chine renforce son contrôle idéologique sur les espaces d’expression, au détriment de la diversité des opinions. Un équilibre fragile entre fiabilité et liberté, qui soulève des questions de fond sur la nature même de la parole publique.
Et si un tel modèle était appliqué au Gabon, où les réseaux sociaux se sont imposés comme un véritable espace de débat national ? Exiger une certification pour parler de santé, d’économie ou d’éducation bouleverserait l’écosystème numérique. Dans un pays où les influenceurs sont devenus des vecteurs d’information, parfois approximative, une telle régulation pourrait restaurer la crédibilité du discours public, mais au prix d’une possible restriction de la liberté d’expression.
Le Gabon n’est d’ailleurs pas étranger à cette logique. En 2024, les autorités avaient déjà interdit la vente en ligne de produits cosmétiques par des influenceurs non certifiés, évoquant des risques dermatologiques liés à la prolifération de conseils sans fondement scientifique. Cette première mesure préfigurait une volonté d’encadrer la parole numérique et de distinguer l’opinion libre de l’expertise professionnelle. Appliquée à d’autres domaines, cette approche pourrait assainir le débat public, tout en posant une question cruciale : qui contrôle les contrôleurs ?
Car si la régulation peut protéger les citoyens, elle peut aussi devenir un outil de domination politique. Trouver la juste mesure entre la liberté d’expression et la responsabilité informationnelle reste l’un des grands défis de notre époque, en Chine comme au Gabon. Dans un monde où un influenceur peut rivaliser en visibilité avec un expert, il ne s’agit plus seulement de savoir qui parle, mais surtout au nom de quelle vérité.