CNAMGS : la guerre ouverte entre le Président du Conseil d’administration et la Directrice générale

La Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) traverse une nouvelle tempête institutionnelle. Une note signée du Président du Conseil d’administration, Alain-Claude Kouakoua, datée du 6 octobre 2025, a annoncé la suspension à titre conservatoire de la Directrice générale, Nadia Christelle Koye. Cette décision, justifiée par de prétendus « faits graves et répétés » compromettant le bon fonctionnement de la structure, a immédiatement provoqué une riposte cinglante de l’intéressée, exposant au grand jour une lutte d’influence au sommet de l’un des organismes publics les plus sensibles du pays.

Dans sa correspondance officielle, M. Kouakoua invoque l’article 29 du décret n°0076/PR/MAS fixant les statuts de la CNAMGS pour justifier la suspension « dans l’attente d’un Conseil d’administration extraordinaire ». Il ordonne à Mme Koye de ne plus accéder à ses bureaux ni aux locaux de la Caisse. Le ton est sec, sans équivoque : la décision se veut conservatoire, mais marque de fait une mise à l’écart immédiate de la Directrice générale.

Quelques heures plus tard, la réponse de Christelle Koye tombe, un document tout aussi officiel, empreint de rigueur juridique et d’une rare fermeté. La Directrice générale dénonce un « abus de pouvoir », arguant que seul le Conseil d’administration dans son ensemble peut statutairement prononcer une telle mesure, et non son seul président. Elle invoque le principe de légalité et le principe du contradictoire, rappelant que toute sanction administrative doit être précédée d’un débat collectif et du droit à la défense.

Dans sa lettre, Mme Koye fustige un acte unilatéral et irrégulier, dénonçant la dérive d’un président qui, selon elle, « se subroge au Conseil d’administration » et s’immisce dans la gestion opérationnelle de la CNAMGS. Elle affirme que cette suspension n’est pas opposable et se réserve le droit d’engager des procédures judiciaires. Son argumentaire s’appuie sur la Constitution et sur le respect du cadre légal prôné par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, insistant sur le fait que le service public ne saurait être régi par des « émotions personnelles ».

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Cet échange explosif met en lumière une crise de gouvernance interne au sein d’un établissement clé de la politique sociale du Gabon. Derrière les mots policés et les références juridiques, c’est une véritable bataille d’autorité qui se joue : celle du contrôle de la CNAMGS, organisme chargé de la couverture maladie des Gabonais et de la redistribution sociale. En filigrane, cette confrontation révèle la fragilité des équilibres institutionnels au sein des entreprises publiques, où les luttes de pouvoir se doublent souvent d’enjeux politiques.

Pour nombre d’observateurs, cette affaire illustre la nécessité urgente de clarifier les prérogatives entre les organes de direction et les conseils d’administration des structures publiques. La confusion actuelle, où un président de conseil peut suspendre un directeur général sans vote collectif, alimente les tensions et fragilise la crédibilité administrative de l’État. Le gouvernement, garant du bon fonctionnement des institutions, ne pourra longtemps rester en retrait face à ce bras de fer qui menace la stabilité d’un secteur aussi stratégique que celui de la santé sociale.

En attendant la réunion du Conseil d’administration extraordinaire annoncée, la CNAMGS se retrouve au cœur d’un conflit d’autorité aux conséquences potentiellement déstabilisatrices. Qu’il s’agisse d’un simple différend administratif ou d’un règlement de comptes institutionnel, l’affaire Kouakoua-Koye pose une question essentielle : jusqu’où peut aller le pouvoir d’un président de conseil sans empiéter sur la légitimité d’un directeur général nommé pour servir la continuité de l’État ?

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