Les chiffres parlent parfois plus fort que les discours. Treize mille deux cent quatre-vingt-deux. 13 282 abonnés recensés dans certains groupes privés où le corps humain s’affiche et se négocie comme un simple produit de catalogue. Là-bas, pas d’offres d’emploi, mais des « annonces » tarifées, administrées par de jeunes adultes à peine sortis de l’adolescence. Ces plateformes, discrètes, mais actives, fonctionnent comme de véritables agences en plaçant des corps, pas des compétences.
C’est une enquête minutieuse de la police judiciaire qui a levé le voile sur cette économie parallèle. À partir de seulement trois téléphones saisis, l’ampleur du réseau est apparue, brutale et sans fard. Les interpellations ont conduit à plusieurs jeunes, hommes et femmes, d’une vingtaine d’années. Certains, au moment de leur arrestation, portaient des tenues évoquant plus l’exposition calculée que la simple excentricité. Les examens médicaux ont révélé que plusieurs étaient porteurs du VIH, transformant chaque rendez-vous en un risque sanitaire majeur, au-delà de la transaction financière.
Sur le plan légal, l’article 407 du code pénal gabonais est sans équivoque : proxénétisme et atteinte aux bonnes mœurs entraînent des sanctions lourdes. La police, déterminée à frapper fort, envisage même de rendre publique la liste complète des abonnés identifiés, sans égard pour leurs fonctions, leur statut ou leur notoriété. Une telle initiative pourrait faire voler en éclats bien des réputations et glacer plus d’un salon mondain.
Mais derrière les procédures et les chiffres, la question de fond reste entière : comment une jeunesse, souvent éduquée et connectée, en vient-elle à monnayer le corps (le sien ou celui des autres) comme une simple ressource ? Est-ce la soif d’argent facile, la pression sociale ou l’absence de perspectives qui pousse à franchir la ligne rouge ? Peut-être un mélange de tout cela, sur fond de tolérance silencieuse.
Ce constat n’a rien d’un sermon ni d’une nostalgie pour un passé idéalisé. C’est le constat amer d’une société qui, à force de brouiller les repères entre ambition, facilité et transgression, finit par troquer la dignité contre l’illusion fugace du gain. Un marché invisible qui prospère à l’ombre, jusqu’au jour où la lumière crue de l’enquête le met à nu et révèle le prix réel à payer.