Depuis 1991, la zone située derrière l’Assemblée nationale est officiellement déclarée d’utilité publique par le décret du 29 novembre 1991, signé en Conseil des ministres. À ce titre, les populations qui y résidaient auraient été indemnisées et relogées, conformément aux procédures. Plusieurs vagues d’indemnisations auraient été effectuées des années plus tard encore, mais aujourd’hui, une partie des habitants affirme n’avoir jamais reçu la moindre compensation. Une situation qui jette le trouble sur la gestion foncière de l’État, et qui met en lumière de graves défaillances dans l’archivage publiques.
Invité récemment sur le plateau de Gabon 24, le Délégué spécial de la mairie de Libreville, Adrien Nguema Mba, a affirmé que les populations concernées avaient bel et bien été indemnisées. Une déclaration contredite aussitôt par les riverains « déguerpis » qui demandent des preuves formelles c’est-à-dire les listes de bénéficiaires, les montants alloués et les procès-verbaux de réception. Face à la pression des populations, le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Ludovic Megne Ndong, a annoncé qu’il publierait les fameuses listes le mardi 10 juin 2025. Mais, fait troublant, il a également avoué ne pas disposer de ces documents, lesquels seraient conservés par un huissier de justice, Maître Benga.
La déclaration du ministre a provoqué une vague d’indignation. Comment expliquer qu’un ministère aussi stratégique que celui de l’Habitat n’ait pas accès à ses propres archives ? Et surtout, comment justifier qu’un document d’une telle importance soit conservé hors des circuits officiels, dans un cabinet privé ? Quelques jours plus tard, Maître Benga a réagi en déclarant ne pas se reconnaître dans les propos du ministre. Un véritable désastre qui illustre une fois de plus l’amateurisme de certaines administrations et soulève de sérieuses questions sur la fiabilité des procédures de déguerpissement.
Au-delà de la confusion actuelle, cette affaire révèle des dysfonctionnements profonds dans la gestion du territoire. Comment une zone classée d’utilité publique depuis plus de trente ans peut-elle être encore habitée, reconstruite et l’objet de nouvelles indemnisations ? Pourquoi l’État n’a-t-il jamais mis en place un système centralisé, sécurisé et accessible de suivi des décisions foncières ? Cette gestion à vue, reposant sur la mémoire des agents ou sur des intermédiaires non institutionnels, expose le pays à de multiples litiges et à une perte de crédibilité totale auprès des citoyens.
Il est donc urgent pour les autorités de repenser la gouvernance du territoire au Gabon. La question du déguerpissement ne doit pas se limiter à un simple conflit entre populations et administration : elle doit servir de signal d’alarme pour la modernisation des pratiques publiques. Sans archivage fiable, et sans rigueur, aucune politique d’aménagement ne peut aboutir durablement. L’État gabonais est aujourd’hui sommé de faire preuve de responsabilité et de restaurer la confiance de ses citoyens dans ses institutions.