Gestion publique au Gabon : Oyima sonne l’alarme et met les entreprises d’État face à leurs responsabilités

À peine installé à la tête du ministère de l’Économie et des Finances, Henri-Claude Oyima n’a pas attendu pour passer à l’offensive. Dans une circulaire datée de cette semaine, le tout nouveau ministre d’État intime aux dirigeants des entreprises publiques et parapubliques de déposer leurs bilans financiers, rapports d’activités et autres pièces justificatives de gestion. Délai imparti : dix jours. Pas un de plus.

Ce ton sec et direct tranche avec l’indulgence administrative à laquelle nombre de sociétés d’État étaient habituées. Pour Henri-Claude Oyima, il s’agit clairement de remettre de l’ordre dans une maison publique en ruines, rongée par la mauvaise gouvernance, les déficits structurels et une opacité devenue presque institutionnelle.

Depuis des années, les entreprises publiques gabonaises coûtent cher à l’État sans produire d’impact réel sur l’économie nationale. Subventionnées à perte, rarement contrôlées, elles échappent souvent aux obligations de transparence et à la redevabilité. Résultat : des rapports financiers introuvables, des conseils d’administration muets, et des performances globalement médiocres.

Dans ce contexte, l’exigence d’Henri-Claude Oyima apparaît comme une tentative salutaire de rupture. En demandant des comptes, le ministre veut savoir qui travaille et qui sabote. Qui mérite d’être restructuré et qui mérite d’être dissous.

Mais derrière cette volonté de transparence se pose une question de faisabilité. Beaucoup de ces structures ne disposent ni des outils comptables adéquats, ni du personnel qualifié pour produire des états financiers fiables. D’autres, simplement, préfèrent cacher des gestions douteuses qui n’ont jamais été auditées.

Une volonté réformatrice crédible ?

Derrière l’homme se pose aussi la question de la méthode et de la posture. Henri-Claude Oyima est une personnalité respectée du monde économique, notamment pour son long règne à la tête du groupe BGFIBank. Mais c’est justement ce double rôle qui soulève des doutes. Comment exiger de la rigueur du public tout en restant lié, de manière active, à l’un des plus puissants groupes privés du pays ?

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Cette situation alimente les critiques sur un possible conflit d’intérêts, déjà pointé du doigt par plusieurs voix de la société civile et des médias. Dans un pays qui cherche à redéfinir ses règles du jeu post-transition, ce flou peut affaiblir la portée du message de réforme.

Dix jours, et après ?

Au-delà du symbole, l’ultimatum lancé aux entreprises publiques devra déboucher sur des actions concrètes. Si les documents ne sont pas remis à temps, quelles sanctions seront prises ? Et surtout, que fera l’État des informations collectées ? Publiera-t-il les résultats ? Prendra-t-il le risque de dissoudre les entités les plus inefficaces ? Ou s’agira-t-il d’une opération de communication, sans suite réelle ?

Le Gabon est à la croisée des chemins. Les signaux envoyés depuis quelques mois montrent une volonté affichée de rupture avec l’ancien système. Mais la population attend plus que des déclarations. Elle veut des résultats, une réduction de la dette, une amélioration des services et une gestion exemplaire des ressources. Henri-Claude Oyima vient d’allumer une mèche. Reste à savoir si la charge sera contrôlée ou si elle explosera au visage d’un appareil d’État encore englué dans ses démons.

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