ANBG : 34 délégués sans salaire depuis 14 mois, la réforme en péril

Une crise silencieuse mine l’Agence nationale des bourses du Gabon (ANBG), pourtant érigée au cœur d’une réforme ambitieuse du système d’aide publique à l’éducation. Nommés en Conseil des ministres le 20 mars 2024 pour incarner un nouveau modèle de gestion décentralisée, 34 délégués nationaux et internationaux, responsables financiers, chefs de délégation, conseillers académiques attendent toujours leur premier salaire. Quatorze mois plus tard, ils tirent la sonnette d’alarme : la dignité de leurs familles est en jeu.

Ces agents ont été désignés conformément au décret n°0003/PR/MESRSTTENFC du 11 janvier 2021, qui réorganise l’ANBG. Leur mission : rapprocher l’administration des boursiers, réduire les coûts liés aux prestataires étrangers et améliorer la transparence et l’efficacité du système. En théorie, un projet prometteur. Dans les faits, une impasse juridique : le texte autorisant leur rémunération serait tout simplement inexistant.

Une erreur administrative ? Un excès de précipitation ? Toujours est-il que leur statut se heurte à un vide réglementaire criant, qui empêche leur prise en charge financière, en dépit de l’exercice quotidien de leurs fonctions.

Des rallonges budgétaires… détournées ?

Pourtant, l’argent n’a pas manqué. Trois rallonges budgétaires, 762 millions en juin 2024, un milliard en septembre, puis 292 millions supplémentaires ont été débloquées au cours de l’année. Mais selon les membres du Collectif des délégués de l’ANBG, ces fonds ont été affectés à d’autres usages. Un rapport interne consulté par L’Union évoque des arbitrages budgétaires défavorables, malgré plusieurs réunions ayant conclu à la nécessité de leur rémunération.

« Comment comprendre que des collègues soient régulièrement payés, avec primes, tandis que nous sommes abandonnés à notre sort ? », questionne un membre du Collectif. L’inégalité de traitement au sein de l’agence alimente un sentiment d’injustice, doublé d’un désespoir croissant chez ces agents engagés.

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Une réforme menacée

Car derrière cette situation administrative kafkaïenne, c’est toute la réforme de l’ANBG qui vacille. L’objectif affiché rendre l’attribution des bourses plus équitable et efficace, du secondaire au supérieur, au niveau national comme international est compromis. Déjà, les retards dans le traitement des dossiers et les paiements sont récurrents, alimentant frustrations et incertitudes chez les étudiants.

« L’absence de rémunération impacte notre quotidien, notre bien-être et notre dignité », alerte le Collectif, dans une lettre adressée au directeur de l’ANBG, le 30 avril 2025. Les nombreuses démarches entreprises, courriers, réunions, alertes à la présidence sont restées lettres mortes.

Le cas des délégués de l’ANBG pose une question fondamentale : peut-on réformer sans respecter ceux qui incarnent la réforme ? Le pays ne peut espérer moderniser son système éducatif sans garantir aux acteurs de terrain les moyens de leur mission. La reconnaissance passe aussi par la rémunération. Le gouvernement est désormais face à une double urgence : réparer une injustice sociale et sauver une réforme d’intérêt national. Faute de quoi, c’est toute une génération d’étudiants qui pourrait en payer le prix.

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