Wi-Fi dans le train au Gabon : innovation tardive ou rattrapage minimal ?

Le 23 décembre 2025, les autorités gabonaises s’apprêtent à lancer officiellement l’accès à Internet à bord des trains de voyageurs. Le projet, porté conjointement par le ministère de l’Économie numérique, celui des Transports, la SETRAG et l’opérateur Airtel Gabon, est présenté comme une avancée technologique majeure destinée à améliorer le confort des usagers. Sur le papier, l’initiative paraît louable. Dans les faits, elle interroge, tant par son périmètre limité que par le retard abyssal qu’elle révèle.

A son lancement, le Wi-Fi à bord des trains gabonais ne permettra que l’utilisation de WhatsApp. Pas de navigation web libre, pas de consultation de plateformes d’information, pas d’accès aux services administratifs en ligne, encore moins au télétravail ou au streaming. Autrement dit, un Internet sous perfusion, expérimental, soigneusement bridé, bien loin des standards internationaux.

En Europe, le débat sur le Wi-Fi dans les trains est clos depuis longtemps. Dès le début des années 2000, certains trains à grande vitesse en Allemagne, en Suède ou en Suisse proposaient déjà une connexion Internet à bord. En France, la SNCF a généralisé le Wi-Fi dans les TGV à partir de 2016, avec un accès complet au web, parfois gratuit, parfois intégré au prix du billet. Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus l’existence du Wi-Fi, mais sa qualité, sa stabilité et sa vitesse.

Sur le continent africain, plusieurs pays ont également pris de l’avance. Au Maroc, l’Office national des chemins de fer (ONCF) a introduit le Wi-Fi dans certains trains dès la fin des années 2010. En Afrique de l’Est et australe, des projets ferroviaires récents intègrent systématiquement la connectivité comme un service de base, au même titre que la climatisation ou l’information voyageurs en temps réel.

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Face à cette réalité, l’annonce gabonaise sonne moins comme une innovation que comme un rattrapage tardif, près de vingt ans après les premiers déploiements ailleurs.

Un progrès technologique… sous conditions

Les autorités parlent d’« intégration progressive des services numériques ». Une formule prudente qui masque mal les limites actuelles du projet. Le choix d’un accès restreint à WhatsApp pose question : est-ce une contrainte technique réelle ou une approche excessivement timorée ? Peut-on sérieusement parler de transformation numérique lorsque l’usager ne peut ni consulter un site d’actualité, ni envoyer un e-mail professionnel, ni accéder à une plateforme éducative ?

La solution technique retenue, OneWeb, fournie par Airtel Gabon en collaboration avec la SETRAG, repose sur une connectivité satellitaire présentée comme innovante. Mais là encore, l’innovation ne se mesure pas à la technologie employée, elle se juge à l’usage réel et à l’impact sur la vie quotidienne des citoyens.

Le symptôme d’un retard structurel

Au-delà du train, ce Wi-Fi sous surveillance illustre un problème plus profond : le retard structurel du Gabon dans l’adoption concrète des technologies numériques. Alors que le pays affiche depuis des années des ambitions de “Gabon numérique”, les services restent souvent fragmentés, limités, expérimentaux, quand ils ne sont pas simplement annoncés sans lendemain.

L’accès à Internet dans un train de voyageurs en 2025 devrait être une évidence, pas un événement solennel avec démonstration officielle en présence des autorités. Le fait même que ce lancement soit présenté comme une prouesse en dit long sur le chemin qu’il reste à parcourir.

Innovation ou occasion manquée ?

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Oui, l’arrivée du Wi-Fi dans le train gabonais est une avancée. Mais une avancée minimaliste, tardive et encore largement en deçà des attentes légitimes des usagers. À l’heure où le numérique est un levier de compétitivité, d’inclusion et de modernité, proposer un Internet limité à une seule application ressemble davantage à un symbole qu’à une réelle politique publique ambitieuse.

La vraie question n’est donc pas de savoir si le Gabon innove, mais s’il accepte enfin de jouer à la même vitesse que le reste du monde. Sur ce terrain, le train gabonais, Wi-Fi ou pas, semble encore rouler très loin derrière.

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