Un cri de détresse, porté par des centaines de voix féminines, s’est élevé hier vendredi devant l’Union Buildings à Pretoria, siège de la présidence sud-africaine. Environ 200 manifestantes se sont réunies sur la pelouse historique, là même où des milliers de femmes avaient défié l’apartheid en 1956. Aujourd’hui, c’est un autre combat qui les rassemble : la lutte contre les violences faites aux femmes, un fléau devenu hors de contrôle en Afrique du Sud.
Chaque jour, près de dix femmes sont tuées en Afrique du Sud, le plus souvent par leur partenaire, selon les chiffres alarmants de la police. Face à l’inaction de l’État et à l’échec des politiques publiques, les manifestantes réclament un geste fort : la déclaration de l’état de « catastrophe nationale » : « J’ai été agressée sexuellement. Je vis dans la peur, je sors avec un taser. Ce n’est pas une vie », confie Oreneile, 20 ans, dont le témoignage illustre une réalité étouffante pour des millions de Sud-Africaines.

L’émotion nationale a récemment été ravivée par le viol d’une fillette de sept ans, rapporte RFI, un drame de plus dans une longue liste de violences impunies. La mobilisation du jour, initiée par l’organisation Women for Change, a fait résonner le slogan devenu viral : « Am I next? » (Suis-je la prochaine ?) : « Nous sommes épuisées, en colère. L’État doit agir et nous protéger », a martelé Tumi Lesala, l’une des organisatrices.
Des lois sans effet concret
Le président Cyril Ramaphosa avait pourtant lancé un plan d’urgence contre les violences sexistes, accompagné de réformes législatives. Mais l’application de ces mesures reste insuffisante, comme le déplore l’avocate Tamika Thumbiran : « Il y a des lois, des politiques, mais sur le terrain, les survivantes n’en voient pas les effets. »

La pétition pour la reconnaissance officielle de cette crise comme catastrophe nationale vise à mobiliser des moyens exceptionnels et une attention urgente des autorités. Dans un pays où être femme revient trop souvent à vivre sous menace permanente, les manifestantes exigent que leurs vies soient enfin traitées comme une priorité nationale.