L’Afrique du Sud, l’Eswatini et la Zambie ont entamé, le 1er décembre, l’administration du lenacapavir, un nouveau traitement préventif du VIH dont les spécialistes saluent le potentiel transformateur. Pour la première fois, ce médicament injectable semestriel arrive sur le continent le plus touché par l’épidémie, une étape majeure sur le plan scientifique mais fragile sur le plan opérationnel.
Le lenacapavir, développé par Gilead Sciences, promet de réduire drastiquement les contaminations en offrant une alternative aux traitements antirétroviraux quotidiens, souvent difficiles à suivre dans des contextes de précarité ou de surcharge hospitalière. Sa simple administration deux fois par an pourrait lever certains obstacles qui minent depuis des années les efforts de prévention en Afrique australe, où les jeunes femmes et les femmes enceintes restent les premières victimes du virus.
Pourtant, cette avancée médicale s’inscrit dans un paysage économique et sanitaire sous tension. À plus de 28 000 dollars par personne et par an aux États-Unis, le prix du lenacapavir révèle une fracture profonde entre innovation pharmaceutique et accessibilité réelle. Des génériques attendus en 2027, à environ 40 dollars, pourraient inverser la tendance, mais d’ici là, seuls des programmes pilotes et des dons ponctuels permettront une distribution limitée. Gilead s’est engagé à fournir gratuitement le traitement à deux millions de personnes sur trois ans, loin des besoins des pays concernés.
Cette arrivée intervient au moment même où les financements internationaux connaissent une contraction inquiétante. Les réductions successives des subventions américaines à la lutte contre le VIH/sida, notamment celles affectant le PEPFAR pourtant pilier de la réponse mondiale depuis vingt ans fragilisent les systèmes de santé africains. Le paradoxe est saisissant une nouvelle solution thérapeutique apparaît, mais les ressources pour la déployer à grande échelle diminuent, compromettant son impact potentiel.
Au-delà du cas du lenacapavir, c’est toute la soutenabilité des politiques de prévention qui est en question. Sans un financement stable et une stratégie globale d’accès équitable, l’arrivée de ce traitement pourrait se transformer en opportunité manquée. Pour les gouvernements d’Afrique australe et les acteurs de santé mondiale, le défi ne réside plus seulement dans l’innovation médicale, mais dans la capacité à en garantir l’usage massif et durable pour infléchir réellement la courbe des nouvelles infections.