Vie chère au Gabon, exonérations fiscales ou réforme des revenus ?

À la suite du communiqué du Ministère de l’Économie et des Finances du Gabon annonçant la suspension, pour une durée de six mois, de certains droits et taxes sur des produits de grande consommation, le débat sur la lutte contre la vie chère refait surface. Si le gouvernement présente cette mesure comme un effort budgétaire significatif pour préserver le pouvoir d’achat des ménages, certaines voix politiques appellent à une réflexion plus profonde.

 

Une réponse conjoncturelle à la pression des prix ? La décision prise sur instruction du président Brice Clotaire Oligui Nguema prévoit la suspension temporaire de taxes à l’importation, de la TVA et de certaines redevances sur des produits alimentaires et des matériaux de construction. L’objectif affiché est clair celui de soulager immédiatement les ménages face à la hausse persistante des prix.

Cependant, pour le député Jean Gaspard NTOUTOUME AYI, cette stratégie repose sur une analyse incomplète du problème. Selon lui, la lutte contre la vie chère ne peut se limiter à des exonérations fiscalo-douanières ou à des blocages ponctuels de prix.

Il rappelle que, depuis plusieurs décennies, les politiques publiques ont privilégié le contrôle des prix et des salaires comme mécanisme de régulation. Or, sur le moyen et long terme, ces mesures n’auraient pas permis d’améliorer durablement le pouvoir d’achat des ménages.

Pour l’élu, même une suppression totale des taxes sur les produits importés ne suffirait pas à neutraliser l’inflation internationale.

Les prix des denrées de base comme le riz, la farine ou le lait restent fortement dépendants des marchés mondiaux des facteurs exogènes sur lesquels l’État gabonais dispose d’une marge de manœuvre limitée.

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Autre point soulevé celui du caractère universel des exonérations annoncées. Ces dispositifs bénéficient indistinctement à toutes les catégories sociales, alors qu’ils sont présentés comme des mécanismes de protection des ménages les plus fragiles.

Selon cette analyse, il s’agirait d’un effort budgétaire important pour l’État, dont les effets redistributifs ne seraient pas ciblés. Le parallèle est fait avec la subvention des carburants, régulièrement critiquée pour son coût élevé et son impact inégalement réparti.

Le député plaide ainsi pour un changement de paradigme plutôt que d’agir prioritairement sur les prix, il conviendrait de renforcer directement les revenus des ménages.

Parmi les pistes avancées figurent l’indexation des salaires sur l’inflation et la mise en place d’allocations spécifiques et ciblées en faveur des populations les plus vulnérables. Une approche qui viserait à soutenir durablement le pouvoir d’achat, indépendamment des fluctuations des marchés internationaux.

Entre mesures d’urgence et réformes structurelles, la question de la vie chère reste au cœur des préoccupations des gabonais. L’annonce gouvernementale ouvre ainsi un débat plus large sur la stratégie économique à adopter : faut-il continuer à amortir les chocs par des exonérations temporaires ou engager une transformation plus profonde des mécanismes de redistribution ?

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