Plusieurs panneaux trônent toujours dans les rues de Libreville, vestige d’un élan de reconstruction annoncé en grande pompe sous la Transition : « Travaux de voirie – CTRI ». Derrière cette façade administrative, le silence des machines et la poussière des rues racontent une tout autre histoire. Les chantiers sont à l’abandon depuis plusieurs mois. Les riverains, d’abord confiants, se sentent aujourd’hui trahis par un espoir qui s’est figé dans le béton inachevé, rappelant ainsi les années maquettes de l’administration Ali Bongo.
Dans certains quartiers populaires de Libreville, les habitants cohabitent désormais avec les ornières et la boue. C’est le cas d’Awendjé, dans le 4ᵉ arrondissement. La route, censée relier plusieurs axes vitaux, est devenue impraticable. « On nous a promis une route digne de ce nom, mais on vit dans la poussière en saison sèche et dans la gadoue dès qu’il pleut », s’indigne un commerçant. L’amertume est partagée : l’absence de reprise des travaux alimente un sentiment d’abandon et d’incompréhension vis-à-vis des nouvelles autorités.
Awendjé n’est pas un cas isolé. À travers le pays, de nombreux chantiers initiés sous le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) semblent aujourd’hui suspendus dans le vide. Routes, écoles, dispensaires, logements sociaux, la promesse d’un renouveau infrastructurel s’estompe au profit d’un constat d’inachèvement. À Franceville, des routes à moitié bitumées s’effritent déjà ; à Port-Gentil, des projets d’assainissement restent en attente de financement ; à Oyem, des infrastructures scolaires n’ont jamais été livrées. À Mouila ? À Lambaréné ? Le souffle de la transition, un temps porteur d’espérance, paraît s’être essoufflé aux premiers vents de la Vᵉ République.

Alors que le pouvoir civil s’installe, la question se pose avec insistance : que reste-t-il du programme de réhabilitation engagé sous la Transition ? L’État doit-il repartir de zéro ou reprendre les chantiers laissés en plan ? Combien disposait la caisse qui gérait les dépenses du CTRI ? Fait-elle partie des dépenses de l’État ? Derrière ces interrogations se cache un enjeu majeur : celui de la continuité républicaine. La Vᵉ République sera jugée non seulement sur sa capacité à rompre avec le passé, mais aussi sur son aptitude à réparer ce que la Transition a entamé sans conclure.
L’approche de la saison des grandes pluies accentue l’urgence. À Awendjé comme ailleurs, les voies en friche menacent d’aggraver les inondations et les accidents. Les populations redoutent que leurs quartiers ne se transforment en pièges boueux, symboles d’une promesse de modernisation restée lettre morte.
Plus qu’un chantier à l’arrêt, ces chantiers incarnent un test politique et moral. La route manquante devient la métaphore d’un pays en attente de direction. Si la Vᵉ République veut gagner la confiance du peuple, elle devra d’abord démontrer que le temps des slogans est révolu et que celui des actes, concrets et durables, a enfin commencé.