Togo : Faure Gnassingbé, reconduit à la tête de l’État sous un nouveau visage institutionnel

Le décor institutionnel a changé, mais l’acteur central demeure. Ce 3 mai 2025, Faure Gnassingbé a été désigné président du Conseil, nouvelle figure de proue de l’exécutif togolais, au terme d’une réforme constitutionnelle promulguée en mai 2024. Avec cette nomination par les députés, le pays tourne officiellement la page de la IVe République et adopte un régime parlementaire, supprimant l’élection présidentielle au suffrage universel direct.

Théoriquement, cette transition rapproche le Togo des standards parlementaires classiques, où le pouvoir émane du législatif et repose sur une majorité construite démocratiquement. En pratique, l’équation est tout autre : le parti au pouvoir, l’Union pour la République (UNIR), détient 108 des 113 sièges à l’Assemblée nationale, un score quasi hégémonique obtenu lors d’élections largement contestées pour leur manque de transparence.

Dans ce contexte, la nomination de Faure Gnassingbé, déjà à la tête du pays depuis 2005, ne relève pas d’un choix parlementaire libre, mais d’une reconduction formelle du statu quo, désormais maquillé sous les atours d’un parlementarisme de convenance. Le chef du parti majoritaire devient de facto chef de l’exécutif, commandant des forces armées et détenteur de la réalité du pouvoir. Le régime s’ajuste, mais le centre de gravité reste inchangé.

À ses côtés, le président de la République devient une figure purement symbolique et protocolaire. Désigné par le Congrès (Assemblée nationale et Sénat réunis), il ne détient aucun pouvoir décisionnel. Il incarne l’État, sans l’exercer. De nombreux analystes parlent d’une « parlementarisation autoritaire » : un glissement qui conserve les apparences du pluralisme institutionnel, tout en verrouillant les leviers du pouvoir dans une même main. Derrière la rhétorique républicaine, les lignes d’un pouvoir consolidé se dessinent.

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Déjà, la société civile et plusieurs organisations de l’opposition appellent à manifester le 4 mai, dénonçant une réforme qui, loin de favoriser l’équilibre des pouvoirs, semble avoir été pensée pour pérenniser un système politique figé. Leur message est clair : changer la forme ne suffit pas, lorsque le fond reste immuable. Ce moment, loin d’être un tournant démocratique, risque de devenir un point d’orgue dans la concentration du pouvoir, sous une nouvelle architecture conçue, non pour la République, mais pour un homme.

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