Une nouvelle onde de choc traverse le paysage politique tchadien : l’ex-Premier ministre Succès Masra, figure de proue de l’opposition et candidat malheureux à la présidentielle de 2024, a été placé en détention provisoire ce mercredi. Arrêté le 16 mai, il est accusé d’incitation à la haine, de complicité de bandes armées et d’autres chefs graves, après un massacre survenu à Mandakao ayant coûté la vie à 42 personnes, dont majoritairement des femmes et des enfants.
Ses avocats dénoncent une procédure expéditive, tandis que son parti, Les Transformateurs, évoque un « enlèvement », diffusant une vidéo montrant Masra encerclé par des hommes armés quittant son domicile. Le camp de l’opposant conteste aussi la véracité d’un enregistrement audio brandi par la justice, parlant d’un “montage grossier orchestré par un régime inquiet de sa popularité”.
Succès Masra, revenu d’exil en 2024 grâce à l’accord de réconciliation signé à Kinshasa, est vu comme une figure montante par une frange importante du sud du Tchad, souvent marginalisée par le pouvoir central. Sa détention ravive les tensions politiques et ethniques dans un pays marqué par des conflits intercommunautaires et des frustrations socio-économiques profondes.
À N’Djamena comme à l’étranger, cette arrestation suscite des réactions en chaîne, posant une fois de plus la question de l’équilibre fragile entre justice et manœuvre politique. Une conférence de presse de ses partisans est attendue dans les prochaines heures pour donner leur version des faits.
Ce type de tension politique n’est pas isolé dans la région. Au Niger, voisin du Tchad, la situation post-putsch reste également tendue, bien que de nature différente. Le renversement du président Mohamed Bazoum en juillet 2023 par le CNSP (Conseil national pour la sauvegarde de la patrie) a été justifié par des préoccupations sécuritaires. Mais il a aussi entraîné une répression ciblée contre certains opposants et figures civiles. Comme au Tchad, des accusations de tentative de manipulation judiciaire ont émergé, avec la crainte que la justice soit instrumentalisée pour neutraliser des opposants ou dissuader toute voix discordante dans un contexte d’instabilité.
Ces parallèles soulignent un mal récurrent dans la sous-région sahélienne : l’incapacité de plusieurs États à établir une justice perçue comme indépendante. Lorsque les institutions judiciaires sont fragilisées ou perçues comme les bras armés d’un pouvoir exécutif inquiet, la crédibilité de l’État de droit s’effrite. Le cas Masra au Tchad, comme celui de certaines figures civiles au Niger, rappelle que la stabilité durable ne peut être atteinte sans une justice équitable, transparente et au-dessus des contingences politiques.