Taxe forfaitaire d’habitation : la SEEG rassure, l’État clarifie

Perçue comme une hausse déguisée de la facture d’électricité, la Taxe forfaitaire d’habitation (TFH) continue d’alimenter les débats à Libreville. Face aux inquiétudes des usagers, la SEEG et l’administration fiscale sont montées au créneau pour lever les zones d’ombre. Nature de la taxe, modalités de paiement, exemptions sociales et enjeux budgétaires : décryptage d’une réforme fiscale sensible, au cœur du pouvoir d’achat et de la citoyenneté fiscale.

L’instauration de la Taxe forfaitaire d’habitation (TFH) continue de susciter interrogations et inquiétudes au sein de l’opinion publique gabonaise. Annoncée comme un nouvel instrument de mobilisation des recettes internes, cette taxe a rapidement été perçue par de nombreux citoyens comme une augmentation déguisée de la facture d’électricité. Face à la montée des tensions et des incompréhensions, les autorités administratives et fiscales ont entrepris une vaste opération de clarification.

Invité sur le plateau de la télévision nationale Gabon 24, dimanche 14 décembre 2025, l’administrateur directeur général de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), Steeve Saurel Legnongo, s’est voulu formel et rassurant. « Votre facture ne va pas changer. Vous payerez toujours la même facture au guichet de la SEEG », a-t-il affirmé, mettant un terme aux rumeurs persistantes d’une hausse du coût de l’électricité liée à la TFH.

Le dirigeant a tenu à rappeler que la Taxe forfaitaire d’habitation est juridiquement et techniquement distincte de la consommation d’énergie. Contrairement à ce que beaucoup redoutaient, elle n’est ni indexée sur les kilowattheures consommés ni intégrée dans le calcul du coût du service électrique. Elle repose exclusivement sur la puissance souscrite lors de l’abonnement, un critère fiscal qui permet d’apprécier indirectement le standing du logement et le niveau de vie de ses occupants. « Toute personne qui souscrit à un compteur le fait pour une puissance donnée. Cette puissance permet d’apprécier le niveau de consommation et donc indirectement le niveau de vie des locataires », a expliqué Steeve Saurel Legnongo.

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Sur le plan pratique, la mise en œuvre de la TFH repose sur un mécanisme de paiement séparé. Les usagers concernés recevront un relevé spécifique portant la mention « TFH », distinct de la facture d’électricité habituelle. Le paiement s’effectuera au guichet de la SEEG, mais donnera lieu à une quittance indépendante, attestant exclusivement du règlement de la taxe. Cette séparation vise à éviter toute confusion entre la fourniture d’un service public et l’acquittement d’une obligation fiscale.

Le rôle de la SEEG dans ce dispositif a également été largement clarifié. « La SEEG est un simple intermédiaire de l’administration fiscale », a insisté son directeur général. L’entreprise publique ne crée ni ne fixe la taxe, et n’en est pas bénéficiaire. Elle agit comme un relais technique, à l’instar d’autres mécanismes de collecte déjà en vigueur, afin de faciliter le recouvrement grâce à un réseau national de facturation bien implanté.

De son côté, le directeur général des Impôts, Éric Boumah, a apporté des précisions essentielles sur la nature juridique de la TFH. « La taxe forfaitaire d’habitation est un prélèvement obligatoire assis sur le foncier bâti. Il s’agit d’une taxe due par tout occupant d’un local à usage d’habitation ou professionnel », a-t-il expliqué. Cette définition élargit le champ de la taxe bien au-delà du seul logement résidentiel.

La responsabilité du paiement dépend du statut d’occupation du bien. « Si je construis ma maison et j’y réside, je m’acquitte de la taxe d’habitation. Si je possède un appartement mis en location, le locataire s’acquitte de la taxe d’habitation liée à ce logement », a précisé Éric Boumah. Une clarification importante dans un contexte où propriétaires et locataires se renvoient souvent la charge fiscale.

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Consciente des réalités sociales du pays, l’administration fiscale a prévu des mécanismes d’exonération ciblés. « Toute personne détentrice d’un compteur social de la SEEG sera exonérée de cette taxe », a assuré le directeur général des Impôts. Le compteur social, destiné aux ménages à faibles revenus, constitue ainsi un instrument de justice sociale, permettant de protéger les populations les plus vulnérables face à l’élargissement de l’assiette fiscale.

La TFH s’applique également aux locaux à usage économique. « Un box au marché Mont-Bouët disposant d’un compteur sera assujetti à la taxe comme une maison, un studio ou un appartement », a indiqué Éric Boumah. Toutefois, plusieurs catégories de bâtiments bénéficient d’exonérations légales, notamment les lieux de culte, les universités, les écoles, les internats et certaines institutions publiques, traduisant la volonté de préserver les secteurs éducatif, religieux et social.

Sur le plan macroéconomique, la Taxe forfaitaire d’habitation représente un enjeu budgétaire majeur. Pour l’exercice 2026, l’administration fiscale table sur 22,6 milliards de francs CFA de recettes. Un montant appelé à renforcer les finances publiques, à réduire la dépendance aux recettes pétrolières et à financer les politiques publiques essentielles, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et des infrastructures.

Au-delà des chiffres, la TFH s’inscrit dans une ambition plus large de transformation de la culture fiscale nationale. « D’autres pays ont suivi ce même chemin et aujourd’hui le paiement des impôts y est perçu comme un geste civique. Nous souhaitons amener nos compatriotes à s’inscrire dans cet effort de solidarité », ont souligné les responsables. Un discours qui appelle à une appropriation citoyenne de l’impôt, perçu non plus comme une contrainte imposée, mais comme une contribution au développement collectif.

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Toutefois, la controverse autour de la TFH révèle un défi majeur : celui de la communication et de la pédagogie fiscale. L’amalgame persistant entre facture de service public et obligation fiscale traduit un déficit d’information qui, s’il n’est pas comblé, pourrait fragiliser l’acceptabilité sociale de la réforme. La réussite de la Taxe forfaitaire d’habitation dépendra donc autant de son rendement financier que de la capacité de l’État à instaurer un climat de confiance, de transparence et de compréhension avec les citoyens.

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