Le 4 décembre dernier, à l’issue du Conseil des ministres, le gouvernement gabonais a annoncé la création d’une taxe forfaitaire d’habitation applicable dès 2026. Présentée comme un outil destiné à améliorer le cadre de vie des citoyens, cette nouvelle taxe suscite déjà des interrogations non pas sur son principe, mais sur la répartition des montants selon les zones du Grand Libreville.
Selon le découpage retenu, quatre zones ont été définies. La zone 1, regroupant le centre-ville et les quartiers à forte activité économique ou administrative, sera soumise au montant le plus élevé, soit 30 000 FCFA. La zone 2, qui couvre les périmètres immédiats et les secteurs résidentiels cadastrés, est fixée à 20 000 FCFA. La zone 3, englobant les quartiers en cours d’aménagement ou faiblement desservis, se voit attribuer une taxe de 10 000 FCFA. Enfin, la zone 4, correspondant aux secteurs non aménagés ou ruraux, est fixée au montant symbolique de 1 000 FCFA.
Pour les autorités, cette différenciation répond à une logique simple : faire contribuer davantage les zones les plus favorisées. Eric Bouma, Directeur général des Impôts, défend la démarche : « L’effort est réparti selon les moyens de chacun. Les zones huppées paieront bien plus que les quartiers populaires. On va mobiliser davantage les plus aisés afin de financer les services utiles. L’argent collecté va servir à l’amélioration de l’environnement des Gabonais. »
Mais sur le terrain, la répartition suscite des réserves. Plusieurs habitants estiment que ce zonage ne reflète pas toujours la réalité des conditions de vie. Dans certains quartiers classés en zone 2 ou 3, l’absence d’infrastructures, l’état des routes ou l’accès irrégulier aux services publics posent question. « Comment justifier 20 000 FCFA dans un quartier où il n’y a même pas d’eau ? », s’interroge un résident du Gros-Bouquet en zone 2.
Certains observateurs soulignent également que le découpage, s’il semble cohérent sur le papier, pourrait manquer de finesse pour prendre en compte les disparités internes à chaque quartier. Des zones dites “résidentielles” abritent encore de nombreuses familles modestes, parfois éloignées des réalités économiques associées à leur classification.
Le gouvernement, de son côté, assure que les fonds seront intégralement destinés à l’amélioration du milieu de vie une promesse qui, pour l’instant, ne suffit pas à dissiper les doutes. À quelques jours de son entrée en vigueur, la taxe d’habitation reste ainsi au cœur des débats. Entre logique fiscale, perception citoyenne et impératif d’équité territoriale, la réussite du dispositif dépendra autant de son application que de sa capacité à convaincre les contribuables.