Il est vendu à l’unité, roulé dans du plastique, parfois glissé discrètement dans le sac d’écolier. Il se fume dans les cours d’école, les arrière-boutiques, les coins de rue. Le tabac est partout. Mais plus insidieux encore, il est devenu banal. Pourtant, derrière chaque bouffée de cigarette, se cache une réalité implacable. Une réalité que nous refusons trop souvent d’affronter.
Chaque année, le tabac tue plus de 8 millions de personnes dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. Parmi ces victimes, plus d’un million sont des non-fumeurs, des personnes exposées involontairement à la fumée des autres. Le tabac ne se contente pas de tuer ceux qui le consomment ; il s’attaque aussi aux innocents. Une réalité cruelle.
Longtemps épargnée, l’Afrique devient aujourd’hui la cible privilégiée des géants de l’industrie du tabac. En Europe et en Amérique, les lois se sont durcies, les taxes ont augmenté, et les campagnes de prévention ont porté leurs fruits. Ici, les multinationales du tabac voient un nouveau marché, jeune, peu réglementé, et vulnérable. Elles investissent dans des campagnes de promotion déguisées en actions culturelles ou sportives, séduisent les jeunes, infiltrent les espaces publics.
Au Gabon, la situation est alarmante. Selon une enquête du ministère de la Santé, 22 % des hommes âgés de 15 à 49 ans fument. Chez les femmes, ce chiffre avoisine les 3 %, mais il est en hausse, surtout dans les milieux urbains. Pire encore, près d’un élève sur dix au lycée ou au collège a déjà fumé. Et derrière ces chiffres, il y a des adolescents qui deviennent dépendants très tôt, souvent dans l’ignorance des risques.
Les conséquences sont bien réelles. Chaque année, le tabac cause la mort de plus de 500 Gabonais, emportés par des cancers, des infarctus, des maladies respiratoires. Des maladies évitables. Des vies qu’on aurait pu sauver. Le tabac ne tue pas seulement. Il appauvrit les familles, alourdit les dépenses de santé publique, affaiblit les forces vives de notre nation.
Le gouvernement a intégré la lutte antitabac dans son Plan national de développement sanitaire 2024–2028, avec l’objectif de réduire la consommation de tabac de 25 % d’ici 2028. Mais pour que cela devienne une réalité, encore faut-il passer des intentions aux actions concrètes notamment par des contrôles renforcés, taxation dissuasive, interdiction stricte de vente aux mineurs, campagnes de sensibilisation massives.