Après deux mois d’un bras de fer sans précédent, la justice gabonaise entrevoit un retour à la normale. Le vendredi 4 avril 2025, les greffiers ont annoncé la suspension de leur grève générale illimitée, lancée en début d’année. Cette décision, mûrement réfléchie, intervient à la suite d’avancées significatives dans la prise en compte de leurs revendications, au premier rang desquelles figure l’adoption en Conseil des ministres du très attendu projet de loi portant statut particulier des greffiers.
Il s’agit là d’un véritable bol d’air pour le système judiciaire, fortement ralenti ces dernières semaines, mais également d’un signal fort de maturité syndicale dans un contexte national sensible. « La reprise du dialogue institutionnel a été déterminante », confie Me Christ Ndong, président du Syndicat national des greffiers du Gabon (Synagref). « Nous avons mené des échanges avec le ministère de la Justice, la Cour constitutionnelle, le Médiateur de la République, et, point culminant, nous avons été reçus à la présidence de la Transition par le général Brice Clotaire Oligui Nguema. »
Une trêve stratégique, pas une capitulation
Si cette suspension du mouvement social constitue une avancée notable, elle ne sonne pas la fin du combat. Les greffiers restent mobilisés autour d’exigences précises, telles que la dotation en costumes d’audience, la réhabilitation des infrastructures judiciaires et, surtout, la promulgation effective du nouveau statut.
« Nous avons suspendu, pas renoncé », martèle Me Ndong, dans un ton ferme mais constructif, soulignant l’état d’esprit de vigilance responsable qui anime désormais le corps des greffiers.
Une crise révélatrice de maux structurels
Si cette grève a lourdement perturbé le fonctionnement des juridictions, elle aura au moins eu le mérite de mettre en lumière les carences systémiques de la justice gabonaise. Depuis des années, le secteur souffre d’un sous-équipement chronique, de conditions de travail précaires et d’une absence de réformes en profondeur, malgré les discours politiques répétés.
Dans cette séquence de transition institutionnelle, les greffiers rappellent que la refondation de la justice doit être au cœur du projet national. Ils revendiquent non seulement de meilleures conditions de travail, mais aussi une justice accessible, efficace et indépendante, au service des citoyens.
Une justice forte, pilier de la démocratie
Dans un pays engagé dans une transition politique majeure, la question judiciaire ne saurait rester en marge des priorités nationales. À travers ce mouvement social, les greffiers affirment leur volonté de jouer pleinement leur rôle, avec responsabilité et exigence.
Leur message est limpide : il n’y a pas d’État de droit sans une justice forte, ni de justice forte sans respect pour ceux qui en garantissent le fonctionnement quotidien. Désormais, la balle est dans le camp des autorités. Les engagements pris doivent se traduire en mesures concrètes et durables. Car dans un État qui aspire à la modernité, la justice ne peut rester l’éternelle oubliée.