Depuis plusieurs années, un constat amer s’impose à tous les passionnés de football au Gabon : les stades, jadis symboles d’unité nationale et d’effervescence sportive, semblent aujourd’hui réduits à des lieux de rassemblements politiques. Pendant ce temps, notre équipe nationale, les Panthères du Gabon, est contrainte de disputer ses matchs « à domicile » exclusivement à Franceville. Pourquoi ? Parce que les stades d’Angondjé à Libreville, d’Oyem et de Port-Gentil ne sont plus homologués par la Confédération africaine de football (CAF).
Un paradoxe glaçant dans un pays qui a pourtant investi des dizaines de milliards de francs CFA dans l’organisation de deux Coupes d’Afrique des Nations (2012 et 2017). Ces infrastructures flambant neuves, jadis perçues comme les piliers du développement du sport et du rayonnement continental, sont aujourd’hui abandonnées aux caprices des discours politiques et des cérémonies officielles. Les pelouses se dégradent, les équipements tombent en désuétude, et les normes CAF ne sont plus respectées. Pourtant, à chaque annonce d’un événement politique majeur – comme le Référendum de 2023 – des budgets sont alloués pour leur « réhabilitation », sans qu’aucun suivi sérieux n’en découle.
Une question s’impose alors avec acuité : à quoi servent réellement nos stades ? Sont-ils encore des infrastructures sportives, ou bien sont-ils devenus de simples vitrines de propagande politique en période électorale ? Qui en est véritablement responsable ? Et surtout, qui rendra des comptes ?
Les amateurs de football, les supporters des Panthères, les jeunes qui rêvent d’un avenir sur les pelouses nationales, se sentent trahis. Le sport, censé être un vecteur d’unité, de dépassement et de cohésion sociale, est relégué au second plan – sacrifié sur l’autel des intérêts politiques.

Il est temps que les autorités compétentes – ministère des Sports, Fédération gabonaise de football, gestionnaires des infrastructures – sortent de leur silence. Pourquoi ces enceintes ne répondent-elles plus aux standards internationaux ? Où passe l’argent destiné à leur entretien ? Pourquoi les Panthères doivent-elles s’exiler à Franceville alors que le pays compte plusieurs stades désormais inutilisables ?
Le peuple gabonais mérite des réponses claires. Mieux encore, il mérite que ses stades retrouvent leur vocation première : être des lieux de sport, de passion, de communion populaire, d’excellence nationale. Il en va de l’avenir de notre football. Il en va aussi de notre crédibilité.