Six ans sans salaire, accusations explosives et guerre de versions : la Police nationale gabonaise au cœur d’un scandale inédit

Un témoignage rare et dérangeant a récemment secoué l’opinion publique gabonaise après sa diffusion sur l’antenne de Gabon Media Time. Le brigadier-chef major Moulou Minghidi, agent de la Police nationale promu par décret présidentiel, y affirme être privé de salaire depuis six ans, sans notification officielle, sans décision administrative claire et sans base juridique identifiable. Plus troublant encore, l’administration policière soutiendrait qu’il aurait été radié des effectifs, une mesure que l’intéressé conteste formellement, documents et démarches à l’appui, dénonçant ce qu’il qualifie d’acharnement administratif et humain.

Selon son récit, aucune procédure disciplinaire régulière n’aurait été engagée à son encontre, aucun arrêté ou décret ne lui aurait été notifié, alors même qu’une radiation constitue un acte grave, strictement encadré par le droit administratif. Malgré cette absence de fondement formel, il affirme avoir été exclu de la solde, marginalisé au sein de l’institution et maintenu dans un vide statutaire total. L’agent indique avoir adressé près d’une quarantaine de correspondances officielles à sa hiérarchie et aux administrations compétentes, toutes restées, selon lui, sans réponse substantielle.

Le témoignage prend une dimension encore plus sensible lorsque Moulou Minghidi évoque de possibles falsifications de documents administratifs, qui auraient été produits ou modifiés a posteriori afin de donner l’apparence d’une radiation régulière. Si ces allégations étaient avérées, elles exposeraient leurs auteurs à de lourdes responsabilités pénales et disciplinaires. À cela s’ajoutent des accusations extrêmement graves visant certains cadres de la Police nationale, que l’agent accuse de harcèlement sexuel et d’abus d’autorité, affirmant que son refus de propositions sexuelles explicites aurait marqué le point de départ de sa mise à l’écart. Des propos d’une violence rare, rapportés tels quels, qui relèvent potentiellement du pénal.

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Au-delà des faits allégués, le récit met en lumière la dimension humaine d’un agent qui dit avoir servi par vocation et par attachement à l’uniforme, avant d’être progressivement brisé psychologiquement et socialement par l’institution qu’il servait. Six années sans salaire, sans statut clair et sans réponse administrative, constituent, selon ses mots, une forme d’effacement institutionnel, une violence silencieuse qui dépasse le simple contentieux individuel pour interroger le fonctionnement même de l’appareil policier.

Face à l’onde de choc provoquée par ces révélations, la Police nationale gabonaise est sortie de sa réserve. Dans une réaction officielle, l’institution rejette en bloc les accusations portées par Moulou Minghidi, qu’elle qualifie d’allégations très graves et infondées. Elle affirme que l’intéressé chercherait à ternir l’image de la Police nationale et à discréditer ses cadres par des déclarations mensongères diffusées dans l’espace médiatique.

Au cœur de la controverse figure la question de la radiation. Contrairement à la version de l’agent, la hiérarchie policière soutient que celle-ci découlerait automatiquement de faits graves et d’une décision judiciaire. Selon l’institution, Moulou Minghidi aurait été condamné à douze mois d’emprisonnement ferme pour des faits qualifiés de viol, extorsion de fonds, violences et voies de fait, une condamnation que l’intéressé reconnaît, tout en estimant qu’elle ne saurait justifier ni l’opacité administrative prolongée ni les conditions dans lesquelles il affirme avoir été écarté et privé de ses droits.

Cette affaire, désormais publique, dépasse le cadre d’un simple différend entre un agent et son administration. Elle pose des questions lourdes sur les mécanismes de contrôle interne, la transparence des procédures disciplinaires et la capacité de l’institution policière à garantir les droits de ses propres agents. Tandis que la Police nationale se réserve le droit d’engager des poursuites pour atteinte à son honneur, de nombreuses voix appellent à une enquête indépendante, impartiale et transparente. Car lorsque ceux qui sont chargés de faire respecter la loi affirment être eux-mêmes victimes d’illégalité, c’est la crédibilité même de l’institution régalienne qui se trouve mise à l’épreuve.

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