Le procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, le Dr Eddy Narcisse Minang, a dressé un bilan sans complaisance de la session criminelle ordinaire qui s’est tenue du 15 juillet au 15 août dernier au Palais de justice de Libreville. Reçu dans son bureau par la presse judiciaire le 22 août dernier, il a mis en lumière deux problématiques majeures celles de l’essor de la délinquance juvénile liée aux familles disloquées et les jugements rendus trop tardivement.
Au cœur de cette session, seuls les dossiers les plus anciens, datant de 2012 à 2019, ont été jugés. Une décision prise sur instruction du ministre de la Justice afin de résorber une injustice persistante. « Dans une société de droit et d’équité, il était inadmissible que des détenus patientent dix ans sans jugement », a rappelé Dr Minang. Selon lui, cette orientation marque une étape importante à savoir : aujourd’hui, aucun détenu préventif de la prison centrale de Libreville ne se trouve sous mandat de dépôt antérieur à 2019.
Mais au-delà des retards judiciaires, le procureur général a alerté sur une réalité inquiétante, la montée de la criminalité juvénile. « La moitié des auteurs de vols violents sont des jeunes issus de familles disloquées, monoparentales ou démissionnaires. L’absence d’encadrement parental est un facteur criminogène majeur », a-t-il déploré. Une affirmation qui met en évidence le rôle central de la cellule familiale dans la prévention des comportements déviants.
Face à ces défis, le patron du parquet général a réaffirmé sa détermination à redonner crédibilité et efficacité à la justice pénale gabonaise. « Il n’est pas admissible qu’un accusé soit jugé dix ou quinze ans après les faits. La justice doit être rendue à temps, car c’est une exigence de droit et de dignité », a-t-il insisté.
Pour concrétiser cette ambition, une session criminelle spéciale consacrée aux crimes économiques et financiers est déjà programmée pour novembre 2025. Une initiative qui, selon Dr Minang, doit contribuer à renforcer la confiance des citoyens envers l’institution judiciaire et à réduire les lenteurs qui minent encore le système.