Projet Gab Pêche : les coopératives dénoncent les dérives et appellent à la transparence

Réunis au sein d’un collectif, les responsables des dix coopératives bénéficiaires du projet Gab Pêche ont tenu un point de presse ce 07 octobre pour « rétablir la vérité » sur ce programme lancé le 11 août 2025 sous l’égide du ministère de la Mer, de la Pêche et de l’Économie bleue. Porté par la vision du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, ce projet visait à redynamiser la pêche artisanale et à favoriser l’insertion socio-économique des pêcheurs gabonais. Mais quelques semaines seulement après son lancement, les premiers bénéficiaires dénoncent de graves dysfonctionnements.

D’après Marcel Edou Ndong, président de la coopérative des pêcheurs de Bambouchine (COPEB) et porte-parole du collectif, les premiers signes de dérive sont apparus dès les premières semaines. « Nous avons constaté une léthargie inquiétante de la part de l’Administrateur Directeur Général de Gab Pêche, M. Hermann Omanda », a-t-il déclaré. Le démarrage effectif du projet, initialement prévu juste après le lancement officiel, a accusé un retard de près d’un mois, freinant la mise en route des dix premières pirogues.

Les pêcheurs évoquent ensuite une série de dysfonctionnements graves : absence de concertation, décisions unilatérales, interlocuteurs multiples, et surtout, racket systématique des coopératives à travers des « demandes injustifiées d’argent ». Malgré les alertes répétées, l’ADG aurait poursuivi ses pratiques, souvent en invoquant de prétendues « instructions venues du sommet de l’État », selon le collectif.

Soupçons de détournement et opacité financière

Le point de rupture, selon les pêcheurs, est survenu après la première sortie en mer, du 5 au 9 septembre 2025. Les dix pirogues engagées auraient ramené 2,2 tonnes de poisson, mais seules 1,6 tonne auraient été officiellement comptabilisées et vendues par la direction du projet. « Sur la base de ces chiffres tronqués, seulement 40 % du produit de la vente nous ont été reversés, soit 1,8 million de francs CFA. Nous ignorons toujours où sont passés les 60 % restants », ont-ils dénoncé.

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Ces soupçons de détournement de fonds ont conduit le collectif à saisir la ministre de la Pêche, Mme Laurence Ndong, le 1er septembre 2025. Quelques jours plus tard, le ministère est intervenu pour débloquer les fonds nécessaires à une véritable reprise des activités. À la suite de plusieurs constats d’irrégularités, M. Hermann Omanda a été suspendu de ses fonctions, une décision saluée par les pêcheurs.

Des conditions « léonines » imposées aux pêcheurs

Autre grief majeur, le contrat de travail jugé abusif imposé par la direction du projet. Les pêcheurs affirment avoir été contraints de signer un document défavorable, sous peine d’être exclus de la première sortie en mer. Ce contrat prévoyait notamment un remboursement mensuel de 600 000 FCFA par pirogue sur 18 mois, prélevé directement sur les maigres 40 % de bénéfices reversés aux pêcheurs.

« Nous risquons nos vies en mer pour nourrir nos familles, pendant que d’autres s’enrichissent sur notre dos », a martelé M. Edou Ndong. Selon le collectif, la direction de Gab Pêche se serait attribué une masse salariale « exorbitante » de 16,5 millions de FCFA par mois, un montant jugé disproportionné pour un projet encore à ses débuts.

Un vent de réforme et d’espoir

Depuis la suspension du précédent directeur, les coopératives affirment constater un changement positif. Le nouvel administrateur intérimaire serait « plus à l’écoute » et engagé dans une gestion participative et transparente. Le collectif se dit désormais confiant dans la relance du projet, tout en appelant les pêcheurs à ne pas se laisser manipuler par les « voix perfides » cherchant à semer la confusion.

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« Nous avons tenu ce point de presse non pas pour nous plaindre, mais pour rétablir la vérité. Nous avons été touchés, certes, mais nous commençons à avoir l’habitude. Cependant, lorsque certains vont jusqu’à insulter nos plus hautes autorités, en cette ère de la Ve République, nous ne pouvons rester silencieux. Nous savons les sacrifices que le Président de la République a consentis pour que ce projet voie le jour, et nous nous devons de défendre cet engagement », a déclaré Yents Kumb, président de la coopérative CPO, president du REGAPA.

Le projet Gab Pêche, voulu comme un levier de développement pour l’économie bleue gabonaise, se trouve aujourd’hui à un tournant. Sa réussite dépendra désormais de la capacité des autorités à garantir une gouvernance exemplaire, à restaurer la confiance des bénéficiaires et à préserver l’esprit initial : celui d’une pêche artisanale gabonaise forte, équitable et durable.

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