L’ouverture ce lundi 10 novembre au tribunal de Libreville du procès contre Silvia et Nourredin Bongo marque une nouvelle étape dans la quête de vérité et de reddition des comptes enclenchée depuis la transition. Si les regards se tournent vers les principaux accusés, l’opinion nationale s’interroge toutefois sur les grands absents de cette affaire, Mohamed Ali Saliou et Maixent Accrombessi. Ces personnalités étrangères qui, pendant des années, ont exercé une influence considérable au cœur de l’État gabonais.
Ex-directeur de cabinet d’Ali Bongo, et ancien conseiller spécial du président déchu, ces figures, souvent décrites comme des stratèges dans l’ombre, ont contribué à façonner le système qui a conduit le Gabon dans une impasse institutionnelle, économique et morale. Aujourd’hui, leur silence et leur absence interrogent, comment expliquer que ceux qui ont tenu la plume des décrets, inspiré les décisions et façonné la politique du pays, ne soient pas appelés à rendre des comptes ?
Des acteurs de l’ombre devenus intouchables
Pendant plus d’une décennie, ces « technocrates » venus d’ailleurs ont su s’imposer comme les véritables gardiens du pouvoir. Leur influence s’étendait bien au-delà des bureaux présidentiels : nominations, contrats publics, réformes administratives, rien ne semblait leur échapper. En coulisses, ils ont consolidé un réseau d’intérêts où se mêlaient politique, affaires et diplomatie parallèle.
Pour beaucoup de Gabonais, leur omniprésence symbolisait une perte de souveraineté nationale. L’État, livré à des conseillers étrangers, apparaissait de plus en plus déconnecté des réalités du pays. Les critiques étaient alors étouffées, les alertes ignorées. Aujourd’hui, le temps semble venu de revisiter cette période et de comprendre comment cette légion étrangère a pu s’imposer dans le cœur du pouvoir gabonais.
Une justice sélective ?
L’absence de ces personnages au procès alimente une question fondamentale, la justice gabonaise osera-t-elle un jour élargir son champ d’action à ceux qui, sans être nationaux, ont contribué à la déliquescence de l’État ? Car juger Silvia et Nourredin Bongo sans évoquer le rôle de ces collaborateurs d’influence reviendrait, selon plusieurs observateurs, à ne traiter qu’une partie du problème. La Ve République actuelle se veut celle du renouveau et de la transparence. Mais pour tourner réellement la page du système Bongo, il faudra aller au-delà des symboles. La responsabilité morale et politique ne saurait s’arrêter aux frontières.
L’exigence de vérité
Le peuple gabonais, témoin d’un demi-siècle de dérives, attend plus qu’un procès, il réclame une mise à nu complète du système qui a nourri l’injustice et l’inégalité. Cela passe inévitablement par la confrontation avec ces architectes de l’ombre, souvent réfugiés dans un confort d’exil. Le moment est venu pour la justice gabonaise de montrer qu’elle n’a pas peur des vérités inconfortables. Car, tant que ces « grands absents » ne seront pas appelés à répondre de leurs actes, le pays restera prisonnier d’un passé qu’il prétend vouloir dépasser.