Préparation de la loi de finances 2026 : entre ambitions économiques et réalités structurelles

Dans le cadre de la préparation de la loi de finances 2026, le Ministre d’État en charge de l’Économie, Henri-Claude Oyima, a rencontré les chefs d’entreprises membres de la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG) pour un échange franc autour des perspectives d’investissement. Cette démarche s’inscrit dans une volonté affichée de co-construction des politiques économiques avec le secteur privé, acteur clé dans la transformation structurelle du pays. Mais au-delà des intentions, cette réunion soulève des interrogations sur la capacité réelle du Gabon à sortir de l’ornière économique dans laquelle il se trouve depuis plusieurs années.

Le ministre a rappelé l’objectif gouvernemental d’atteindre un taux de croissance de 10 %, dans un pays dont l’économie demeure excessivement dépendante des matières premières et vulnérable aux chocs exogènes. Cette ambition, bien que légitime, se heurte à des défis majeurs : un environnement des affaires encore peu compétitif, une fiscalité instable, une dette publique préoccupante et des infrastructures insuffisamment modernisées. Sans oublier la lourdeur administrative qui freine l’initiative privée et la lenteur dans la mise en œuvre des réformes promises.

Pour que cette volonté de transformation ne reste pas un vœu pieux, encore faut-il créer les conditions d’une confiance renouvelée entre l’État et les opérateurs économiques. Les entrepreneurs gabonais réclament depuis longtemps une meilleure visibilité budgétaire, une réduction du poids des charges sociales et fiscales, ainsi qu’un accès plus fluide au financement. Or, ces préoccupations restent souvent sans réponse concrète. L’édition 2024 du Doing Business africain place encore le Gabon en queue de peloton en matière d’attractivité, malgré les discours de rupture.

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La présence à cette rencontre des ministres Louise Pierrette Mvvono (Planification et Prospective) et Marc-Alexandre Doumba (Économie numérique) témoigne néanmoins d’une volonté d’articuler planification, innovation et digitalisation. Toutefois, les résultats se font attendre. Les promesses de diversification économique se heurtent à un secteur privé encore marginalisé dans les chaînes de valeur, et à un tissu industriel trop faible pour absorber le chômage massif des jeunes. La transformation digitale, quant à elle, avance à un rythme encore trop lent pour espérer un véritable saut qualitatif.

Alors que le Gabon se relève d’une transition politique majeure, l’élaboration de la loi de finances 2026 constitue une occasion stratégique de repenser les priorités. L’implication du secteur privé dans cette démarche est un signal positif, mais il ne saurait suffire. Ce qui est en jeu, c’est la crédibilité d’un modèle économique nouveau, plus inclusif, plus compétitif et plus résilient. Sans une réforme courageuse de l’appareil d’État, un assainissement rigoureux des finances publiques et une simplification réelle de l’environnement entrepreneurial, les objectifs affichés risquent une fois de plus de buter sur les réalités du terrain.

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