Port-Gentil : blocage des prix, solution d’urgence ou mirage économique ?

Face à la flambée persistante des prix dans la capitale économique du Gabon, le gouvernement a annoncé le blocage des tarifs de 135 produits de consommation courante via une nouvelle mercuriale. Cette décision, présentée comme une réponse directe à l’érosion du pouvoir d’achat, suscite autant d’espoirs que d’interrogations. Car si la mesure vise un soulagement immédiat, sa viabilité et son efficacité à long terme demeurent discutables.

Historiquement, les mercuriales ont été utilisées pour contenir les hausses de prix sur des denrées essentielles. Dans un contexte de crise économique, elles apparaissent comme un outil de régulation rassurant pour les consommateurs. À court terme, elles permettent en effet de stabiliser artificiellement les coûts de certains produits, notamment alimentaires, évitant ainsi une explosion sociale dans un climat déjà tendu.

Mais derrière l’effet d’annonce, des effets pervers se profilent. Le plafonnement des prix peut décourager les producteurs et les importateurs si leurs marges sont trop comprimées, surtout dans un contexte d’inflation importée. Cela risque de créer des pénuries, des marchés parallèles ou une baisse de qualité, comme observé dans d’autres économies africaines ayant expérimenté ce type de régulation. Le remède ponctuel pourrait ainsi devenir un facteur aggravant de déséquilibres à moyen terme.

L’autre défi réside dans l’application de la mesure. À Port-Gentil, la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) sera chargée de veiller au respect des plafonds imposés. Mais comment garantir un contrôle effectif sur l’ensemble du territoire, notamment dans les marchés informels où les marges de manœuvre sont limitées ? Sans mécanismes de vérification rigoureux, cette mercuriale pourrait rapidement se heurter à une résistance discrète, mais massive des commerçants.

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Pour aller au-delà du colmatage, des réformes structurelles doivent être envisagées. Cela passe par une politique de soutien à la production locale, notamment dans l’agriculture et la pêche, pour réduire la dépendance aux importations. Une amélioration des chaînes logistiques, du transport et de la conservation des denrées serait également déterminante pour influer durablement sur les prix.

Il est aussi possible d’envisager des aides ciblées aux populations vulnérables, sous forme de transferts monétaires ou de subventions à la consommation, afin de mieux encadrer l’effort budgétaire de l’État. Ces approches, combinées à une gouvernance transparente et participative, permettraient de bâtir un modèle plus résilient face aux chocs économiques.

La grande question demeure : cette mercuriale est-elle le premier pas d’un plan global de régulation et de relance économique, ou simplement un geste politique dicté par l’urgence sociale ? En l’absence d’une stratégie claire à long terme, le risque est grand que la mesure ne se transforme en écran de fumée, masquant provisoirement des réalités économiques plus profondes.

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