Plainte de la Famille Bongo à Paris : L’État gabonais et des anciens opposants sonnent la réplique judiciaire en France

Le feuilleton judiciaire autour de la famille d’Ali Bongo Ondimba s’intensifie. À peine libérée sous caution et autorisée à quitter le territoire national le 15 mai 2025, Sylvia Bongo Ondimba, ancienne Première dame, et son fils, Noureddine Bongo Valentin, ancien coordinateur général des affaires présidentielles, ont déposé plainte à Paris contre l’État gabonais. Ils y dénoncent des faits de « séquestration, torture et détention arbitraire ». Cette procédure, initiée par Ali Bongo lui-même, a conduit à son audition par deux juges d’instruction français le 1er juillet. Dans les médias, ses avocats (Maîtres François Zimeray, Pierre-Olivier Sur, Catalina de la Sota et Clara Gérard-Rodriguez) ont multiplié les attaques contre la justice gabonaise, qu’ils accusent d’arbitraire.

Pour Libreville, cette démarche n’est rien d’autre qu’une manœuvre politique maquillée en action judiciaire. Plusieurs sources gouvernementales affirment qu’une contre-attaque est déjà en cours : l’État gabonais préparerait une plainte ciblant Ali Bongo et ses proches, qui pourrait, elle aussi, être portée devant les juridictions françaises. Ce mouvement s’inscrit dans une volonté affichée de rétablir la version des faits de l’actuel pouvoir gabonais, qui accuse la famille Bongo de manœuvres de diversion, alors qu’elle est elle-même poursuivie depuis 2023 pour blanchiment de capitaux, faux en écriture, usurpation de titre et association de malfaiteurs.

Ce bras de fer judiciaire a également réveillé des figures de l’opposition de l’époque Bongo. Bertrand Zibi Abeghe, ex-député PDG devenu dissident ainsi que l’activiste Landry Amiang Washington, ancien prisonnier politique, ont lancé simultanément des recours à Paris, Washington, Londres et Bruxelles. Tous deux dénoncent des actes de torture et de détention arbitraire. Zibi Abeghe, arrêté en août 2016 au lendemain d’une élection contestée, avait été condamné à six ans de prison dans un procès controversé. Quant à Washington, il avait été interpellé dès sa descente d’avion à Libreville et emprisonné pendant plusieurs années, essentiellement pour ses opinions politiques.

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Ces plaintes croisées révèlent une dynamique inédite : le terrain judiciaire devient un champ de bataille post-régime entre les anciens dignitaires du pouvoir déchu et ceux qui en ont été victimes. Alors que le procès de Sylvia Bongo et de Noureddine est censé s’ouvrir à Libreville en novembre 2025, il demeure incertain que les deux accusés se présentent devant la justice gabonaise, dans un contexte de confrontation croissante entre les deux camps.

Ce conflit judiciaire met en lumière les lignes de fracture profondes qui continuent de structurer la scène politique gabonaise post-Ali Bongo. Derrière les accusations formelles se jouent des enjeux de mémoire, de légitimité et de réhabilitation, chacun cherchant à imposer sa lecture de l’histoire récente. Dans un pays en transition politique délicate, la justice devient ainsi l’un des derniers théâtres d’un affrontement pour le contrôle du récit national.

En attendant les suites procédurales, les regards se tournent vers les capitales occidentales où se déroulent désormais des pans entiers de cette confrontation. Une internationalisation qui pourrait, à terme, avoir des répercussions tant diplomatiques qu’institutionnelles pour le Gabon, et reposer avec acuité la question de l’indépendance de sa justice face à la pression du passé.

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