Plaine Orety : Bilie-By-Nze vole au secours des déguerpis et mobilise trois avocats pour défendre leurs droits

Lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi 11 juin 2025, l’ancien Premier ministre gabonais Alain Claude Bilie-By-Nze a vivement dénoncé l’opération de déguerpissement actuellement en cours dans le quartier Plaine Orety. De retour d’un séjour en France, l’ex-candidat à la présidentielle a annoncé avoir mis à disposition des populations expulsées trois avocats, afin de les accompagner dans la défense de leurs droits face à ce qu’il qualifie de « brutalité d’État ».

« Une détresse humaine que l’on ne peut ignorer »

Dès le mardi 10 juin, Bilie-By-Nze s’est rendu sur les lieux, où il a rencontré des habitants délogés sans préavis clair ni solution de relogement immédiate. « J’ai pu mesurer l’extrême détresse des populations jetées à la rue par un gouvernement d’une brutalité extraordinaire », a-t-il déclaré. Profondément choqué, il avait alors promis de prendre la parole publiquement.

Devant une assemblée médiatique dense, l’ancien chef du gouvernement a qualifié cette opération de « honteuse », dénonçant une « injustice manifeste », marquée par un manque de transparence sur les indemnisations et un non-respect des droits fondamentaux. Il accuse le pouvoir en place d’agir sans coordination, ni compassion.

Pour donner un cadre légal à cette indignation, Bilie-By-Nze a annoncé la mise à disposition de trois avocats, qui auront pour mission d’accompagner juridiquement les familles expulsées, notamment dans une éventuelle procédure contre l’État. Il s’agit, selon lui, de rétablir un minimum de justice dans une situation qui échappe à tout contrôle institutionnel.

Urbanisation forcée ou modernisation précipitée ?

Le gouvernement, de son côté, justifie cette série d’évictions par des projets d’aménagement urbain, visant à assainir certaines zones d’occupation informelle pour moderniser Libreville. Mais pour de nombreux habitants, cette vision est décharnée de toute humanité : les destructions de logements s’enchaînent, sans relogement systématique ni dispositifs d’accompagnement clairs.

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Dans plusieurs quartiers de la capitale, ces opérations présentées comme des réformes nécessaires ont déjà provoqué une vague d’indignation populaire, alimentée par l’absence de dialogue, le flou sur les indemnisations, et l’angoisse de tout perdre du jour au lendemain.

Bilie-By-Nze s’interroge sur la rigueur administrative de l’État, allant jusqu’à accuser le gouvernement d’opacité : « Le gouvernement est incapable de diffuser la liste des personnes indemnisées. » Selon lui, cette carence témoigne d’un manque de préparation, voire d’un mépris des normes de gestion sociale, malgré le fait que les premières annonces de déguerpissement dans la zone remontent à plus d’une décennie.

Comparant cette gestion à celle de son propre mandat, Bilie-By-Nze évoque des projets comme la Transgabonaise ou la voie de contournement, où les déguerpissements avaient été précédés d’identifications, d’indemnisations et de relogements clairs. À Plaine Orety, regrette-t-il, « l’approche est brutale, incohérente et indigne d’un État moderne. » « Un pays ne se construit pas à coups de brutalité. On peut assainir sans déshumaniser. On peut bâtir sans détruire des vies », a-t-il martelé, appelant à une rupture immédiate avec ces méthodes.

Un message direct au Président Oligui Nguema

Dans un ton frontal, Bilie-By-Nze a interpellé le président de la République :« Si, dans ta capitale, on peut raser des quartiers entiers sans que tu sois au courant, c’est que tu ne mérites pas d’être président. Et si tu mérites de l’être, alors tu ne peux pas laisser faire cela. »

Au-delà des postures politiques, Bilie-By-Nze appelle à mettre de côté les querelles partisanes pour se concentrer sur l’essentiel : le sort des Gabonais expulsés, sans défense, ni refuge. « Il est temps de mettre fin à cette gouvernance précipitée, sans cœur ni méthode. Le peuple ne demande pas la charité, mais la justice. » Alors que le gouvernement poursuit son programme de « modernisation », la pression monte dans les quartiers concernés, et l’opinion publique reste en attente d’un signal fort : un vrai projet d’aménagement humain, juste et participatif.

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