Près de trois ans après le basculement politique du 30 août 2023, le sort des parlementaires dont le mandat a été brutalement écourté revient sur le devant de la scène. Reçus en audience par Guy Bertrand Mapangou, Président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), les membres du Collectif des sénateurs de la 5e législature tentent de faire valoir leurs droits dans un contexte de transition qui redessine encore les contours de l’État.
Le CESEC a servi de cadre, ce jeudi, à une rencontre empreinte de solennité et de gravité. Guy Bertrand Mapangou, entouré des cadres de son institution, a prêté une oreille attentive aux doléances d’un collectif d’anciens parlementaires en quête de reconnaissance. Pour ces élus de la nation, dont le parcours a été stoppé net par le « Coup de la Libération », l’enjeu dépasse la simple consultation : il s’agit de clore un chapitre institutionnel resté en suspens depuis la reconfiguration du paysage politique gabonais.
Au centre de ce plaidoyer se trouve la question épineuse de la retraite parlementaire. Le collectif estime que l’interruption prématurée de leurs fonctions ne saurait effacer la légitimité du mandat exercé jusqu’au 30 août 2023. Ils réclament ainsi une régularisation de leur situation administrative, assortie des compensations financières et des droits à pension afférents à leur statut d’anciens membres de la Chambre haute. Pour ces requérants, ces droits sont considérés comme « acquis » et leur liquidation représenterait un acte de justice sociale et de respect des institutions républicaines.
Le défi posé aux autorités actuelles est complexe. En effet, le changement de régime intervenu il y a deux ans a entraîné une refonte globale des structures de l’État, laissant certains serviteurs de l’ancien ordre dans une zone de flou juridique. Les sénateurs de la 5e législature, dont le mandat a été fauché à mi-parcours, se retrouvent aujourd’hui à la recherche d’une passerelle entre la légalité d’hier et la légitimité d’aujourd’hui, espérant que la Transition saura concilier rupture politique et continuité des engagements envers les individus.
Face à ces attentes, Guy Bertrand Mapangou a joué la carte de la médiation et de la tempérance. S’il n’a pas le pouvoir de trancher directement ces questions budgétaires et statutaires, le Président du CESEC a assuré le collectif de sa volonté de porter fidèlement leurs revendications auprès des plus hautes instances de la Transition. Ce rôle de « courroie de transmission » institutionnelle souligne l’importance du dialogue social au sein d’une période de reconstruction où chaque grief non résolu pourrait fragiliser la cohésion nationale.
Alors que le pays s’achemine vers de nouveaux horizons électoraux et constitutionnels, la résolution du cas des anciens sénateurs constituera un signal fort sur la manière dont la République traite ses anciens serviteurs. Le dossier est désormais sur le bureau des autorités de la Transition, qui devront décider si la reconnaissance du service rendu l’emporte sur les impératifs d’une table rase politique.