« Octobre Rose » au Gabon : la ferveur des slogans, le silence pour des malades en détresse

Chaque année, le mois d’octobre se pare de rose. Banderoles, tee-shirts, marches sportives et campagnes de sensibilisation fleurissent à travers le pays. Sous l’impulsion de la Première dame Zita Oligui Nguema, marraine nationale d’Octobre Rose, et avec le soutien du chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, le Gabon, à l’instar d’autres nations, multiplie les actions de prévention et de mobilisation contre les cancers féminins. À Port-Gentil, plus de 800 femmes se sont rassemblées autour de l’ONG Avenir Prospère pour célébrer la vie, la solidarité et l’espoir.

Mais derrière le décor des podiums, les sourires coordonnés et les slogans fédérateurs, une autre réalité s’impose : celle des malades oubliées. Alors que des millions de francs sont investis dans des campagnes de visibilité, les patients atteints de cancer continuent de souffrir en silence dans les hôpitaux. Dans certaines structures, les traitements manquent et dans plusieurs pharmacies de la capitale, comme Le Forestier, les médicaments essentiels ne seraient même pas pris en charge. Loin des caméras, ces femmes prient chaque jour pour survivre à un mal que le bruit médiatique ne soigne pas.

Le paradoxe est cruel : en octobre, tout le monde parle du cancer, mais peu agissent réellement pour les malades. Ministères, entreprises, personnalités publiques et ONG rivalisent de créativité pour afficher leur engagement, impression de gadgets, organisation de marches, séances de sport devant les caméras, pendant que les services d’oncologie manquent de lits, de personnel et de médicaments. La lutte devient spectacle, la compassion un instrument de communication.

Pourtant, la lutte contre le cancer ne se mesure pas à la quantité de t-shirts distribués, mais à la qualité des soins accessibles à tous. Elle exige un investissement durable dans les infrastructures de santé, la formation des médecins, la disponibilité des traitements et le soutien psychologique des familles. Les patients réclament moins de discours et davantage d’actes : des hôpitaux équipés, des médicaments à prix abordables et une prise en charge digne.

Lire Aussi:  La pillule contraceptive, classée cancérogène par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)

Les initiateurs d’Octobre Rose le rappellent : la sensibilisation reste indispensable pour briser les tabous et encourager le dépistage précoce. Mais sans un engagement budgétaire fort et une solidarité effective envers les malades, ces campagnes risquent de devenir un rituel creux, une danse annuelle autour d’une cause que l’on glorifie en façade, mais que l’on abandonne dans les faits.

À l’heure où Port-Gentil et Libreville s’illuminent de rose, peut-être est-il temps de peindre aussi les couloirs des hôpitaux de cette même couleur d’espoir, non pas pour la photo, mais pour rendre la dignité à celles qui se battent pour vivre.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *