Médecines traditionnelles : l’OMS tente de concilier héritage ancestral, science et intelligence artificielle

Entre héritage culturel, besoins de santé mondiale et manque de preuves cliniques, la médecine traditionnelle se trouve à la croisée des chemins. En s’appuyant sur l’intelligence artificielle, l’OMS espère éclairer ce champ controversé, sans ignorer les risques sanitaires, éthiques et environnementaux.

Le deuxième Sommet mondial de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la médecine traditionnelle s’est ouvert le 17 décembre 2025 à New Delhi, en Inde, réunissant des représentants de plus de 100 pays, des ministres de la Santé, des chercheurs, des chefs autochtones et des praticiens. L’ambition affichée est de rapprocher les médecines traditionnelles des standards scientifiques modernes afin d’en évaluer plus rigoureusement l’efficacité, la sécurité et la place dans les systèmes de santé contemporains, notamment grâce à l’intelligence artificielle (IA) et aux technologies de pointe.

Loin d’être marginale, la médecine traditionnelle concerne une part considérable de la population mondiale. Selon l’OMS, entre 40 et 90 % des habitants de près de 90 % des États membres ont recours à des pratiques telles que l’acupuncture, la médecine ayurvédique, la médecine traditionnelle chinoise, les remèdes à base de plantes ou le yoga thérapeutique. Pour des millions de personnes, en particulier dans les régions mal desservies par la biomédecine, ces approches constituent la première, voire l’unique, forme de soins accessible.

Dans un message vidéo diffusé à l’ouverture du sommet, le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a rappelé que « la médecine traditionnelle n’appartient pas au passé ». Face au vieillissement des populations, à la progression des maladies chroniques et à la saturation des systèmes de santé, ces pratiques suscitent un intérêt renouvelé, y compris dans les pays industrialisés, où les patients recherchent des soins perçus comme plus personnalisés, holistiques et naturels.

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Le choix de l’Inde comme pays hôte s’inscrit dans cette dynamique. Le Premier ministre Narendra Modi, fervent promoteur du yoga et de l’ayurvéda, a appelé à « intensifier les efforts » pour exploiter le potentiel de la médecine traditionnelle. L’Inde joue un rôle clé, notamment depuis la création en 2022 du Centre mondial de l’OMS pour la médecine traditionnelle à Jamnagar, chargé de coordonner la recherche, les normes et les politiques internationales dans ce domaine, dans un contexte marqué par de fortes inégalités d’accès aux soins et des contraintes économiques majeures.

Malgré son usage massif, la médecine traditionnelle demeure toutefois largement sous-financée et insuffisamment évaluée. Moins de 1 % des fonds mondiaux de recherche en santé lui sont consacrés, alors même que plus de 40 % des médicaments modernes dérivent de produits naturels, comme l’aspirine, la pilule contraceptive ou certains traitements anticancéreux. De nombreuses pratiques manquent encore de preuves cliniques solides, soulèvent des questions de sécurité, de dosage et d’interactions médicamenteuses, et contribuent parfois au trafic illégal d’espèces animales et végétales menacées.

Pour répondre à ces limites, l’OMS mise sur les avancées technologiques. L’IA, la génomique et l’analyse avancée des données pourraient permettre d’explorer la complexité des formulations traditionnelles, d’identifier des principes actifs pertinents et de réduire les risques d’effets indésirables. Le lancement de la Bibliothèque mondiale de médecine traditionnelle, qui regroupe plus de 1,6 million de documents scientifiques, s’inscrit dans cette volonté de renforcer la rigueur et la transparence. L’OMS insiste néanmoins sur la nécessité d’une approche éthique, respectueuse des droits des peuples autochtones et de la biodiversité, afin de bâtir un pont crédible entre savoirs ancestraux et science moderne au service d’une santé plus équitable et universelle.

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