Un décret présidentiel signé par le colonel Assimi Goïta et publié sur le site officiel du gouvernement malien a plongé le Mali dans une nouvelle ère politique. Ce texte abroge purement et simplement la loi régissant les partis politiques, ouvrant la voie à leur dissolution immédiate. Une décision qui redessine le paysage institutionnel du pays et suscite de vives inquiétudes sur l’avenir de la démocratie malienne.
Jusqu’ici, cette loi constituait l’ossature de la vie démocratique malienne, encadrant la création, le fonctionnement, le financement et la dissolution des partis politiques. En la supprimant, le régime militaire officialise la mise en sommeil du pluralisme politique, déjà fortement ébranlé depuis le coup d’État de 2020. Désormais, aucune organisation politique ne dispose d’une existence légale, et les voix dissidentes se retrouvent sans cadre d’expression.
L’annonce, bien que brutale, s’inscrit dans une stratégie méthodique amorcée par les autorités de transition. Ces dernières avaient déjà suspendu les activités politiques sous prétexte de préserver l’ordre public dans un contexte sécuritaire tendu. Avec ce décret, le pouvoir va plus loin, éradiquant toute forme de société civile organisée et verrouillant l’espace public.
Pour certains observateurs, cette mesure reflète une volonté de rompre avec un système politique jugé corrompu et inefficace. D’autres y voient une dérive autoritaire, où le pouvoir militaire s’installe sans contre-pouvoir, étouffant toute forme de débat démocratique. L’ancien ministre de la Justice, Mamadou Ismaïla Konaté, ne cache pas son inquiétude : « Désormais, les partis dissous, plus personne n’a le droit d’exprimer une opinion politique. »
Les conséquences de cette décision soulèvent de nombreuses questions. Quel sera, dorénavant, le mode de gouvernance au Mali ? Comment seront prises les décisions nationales ? Quelle place pour la participation citoyenne ? Le pays, déjà marqué par l’instabilité, semble s’enfoncer davantage dans une logique de centralisation autoritaire.
Enfin, cette tournure pourrait isoler encore plus le régime malien sur la scène internationale. Les partenaires traditionnels, inquiets de cette dérive, pourraient durcir leurs positions, tandis que les organisations de défense des droits de l’Homme appellent déjà à une vigilance accrue. En renonçant au pluralisme politique, le Mali s’engage sur une voie incertaine, dont les conséquences pourraient être lourdes pour sa stabilité interne et ses relations extérieures.