Lettre au Peuple 5 : Le paradis existe… et je l’ai foulé pieds nus, dans le Gabon profond 

Peuple,

J’ai pris la route sur un coup de tête. Contrairement à Aggy, ce n’était pas pour un stage yogi. Non. Moi, j’y suis allée parce que Sharabi est d’abord un site touristique, et c’est déjà pas mal.

Tout est parti d’un bref échange avec Monsieur O, le directeur. Calme olympien, voix posée, gestes sûrs. Mais laissez-moi être claire : c’est un bel homme. Noir ébène, teint silure, peau brillante comme un atanga bien juteux, sourire colgate qui fond en contraste sur sa peau chocolatée à 90 % de cacao. Exactement ma came.

Et quand un homme vous parle de nature, de forêt, d’eau, avec ce ton tranquille, passionné et cette apparence, vous sentez déjà que vous allez dire « oui » à tout. Même aux fourous. Même aux moustiques. Même aux génies de la forêt.

La route vers l’aventure

Jeudi matin, sac sur l’épaule, je me rends au PK8. Ces voitures alignées, prêtes à filer « à l’intérieur du pays ». Quinze minutes d’attente, et c’est parti pour trois heures toutes rondes. Destination : Ebel Abanga, petit village de pêcheurs après Bifoun sur la route de Ndjolé.

Au débarcadère, l’équipe de Sharabi nous accueille. On prend le bateau vers le site… enfin, c’est ce que je croyais.

Le pilote, Mouloungui, est difficile à dater (entre 30 et 50 ans). Bavard, un joyeusement ronchon, hyper sympathique, et surtout maître de son fief. Il connaît chaque recoin du fleuve et de ses bancs de sable.

Après 20-25 minutes, nous accostons sur un banc de sable en plein Ogooué. Du sable fin, délicat, presque incongru. Une plage déserte, saisonnière, offerte par la saison sèche.

Là, je retrouve d’autres touristes : un couple de Français et une jeune maman avec son adorable marmot. Ils deviendront mes compagnons de voyage, précieux comme des Regab fraîches dans un bar de brousse.

Un pique-nique nous attend : carpe fraîche du matin, soleil chaud, air doux. Petit plongeon dans le fleuve, tchokets bien sentis, éclats de rire. Les regards se croisent, des sourires se partagent, la complicité s’installe presque malgré moi.

Sharabi, au coucher du soleil

Le bateau reprend sa route. Je comprends enfin Aggy : de jour déjà, la traversée est somptueuse. La forêt est majestueuse, luxuriante, fière. De nuit, avec les étoiles ? Oui, je comprends que ça ait pu la bouleverser. Nous arrivons au site alors que le ciel se pare d’orange, de rose et de bleu. Le débarcadère est simple, une pancarte rassure : nous sommes au bon endroit.

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Puis un chemin. En terre. Bordé d’arbres immenses, habité d’une faune qu’on devine aux sons.

Au bout ? Un hameau. En bois, bien sûr… qui oserait amener du béton dans cet Éden ?

Le hameau s’ouvre sur… un bar. On est au Gabon, peuple. Qu’est-ce qu’un paradis sans Regab ?

Puis, des marches colorées. Les membres du personnel expliquent : « Chaque couleur représente une émotion. Monter ces marches, c’est monter vers soi. L’espoir se cultive d’abord en soi avant de fleurir autour de soi. » Elles mènent à un aménagement splendide, chaleureux, parfaitement fondu dans la nature. Une grande place, un foyer central.

Sur recommandation, j’ôte mes chaussures et découvre le plaisir enfantin de sentir la terre, le bois, la pierre sous mes pieds.

Déjà, j’imagine les soirées autour du feu, les discussions improvisées, les éclats de rire, la magie des liens qui se tissent sans artifices, sans wifi, sans superflu. Juste des liens simples et vrais. Et je sens déjà que j’adore cet endroit.

La première nuit

Chambre numéro 9 : simple, propre, éthique, cosy. Douce nuit bercée par les grillons et réveil en douceur par le chant des oiseaux.

Je me réveille reposée.

Douche avec l’eau du lac (pas de SEEG ici, peuple : une pompe, un filtre, et basta). Puis un petit-déjeuner simple : œufs, pain, thé, café.

On nous annonce le programme : ce soir, bivouac en forêt. J’ai peur, je l’avoue. Les forêts gabonaises, peuple, sont pleines de génies et de mystères. Mais je suis là pour découvrir, alors j’irai. Avec courage.

Bivouac et randonnée avec Gabriel

Matinée tranquille : hamac, discussions, flâneries. Cet endroit nous reconnecte tellement à l’authenticité et la simplicité de la nature, que j’en oublie même mon rouge à lèvres.

Après le repas et une sieste, départ pour le bivouac. De nouveaux compagnons avec nous, un jeune couple de Gabonais venu… d’Italie. Sharabi, peuple, c’est une force d’attraction.

En pirogue, nous nous dirigeons vers un premier point sur une île gardée par un certain Gabriel, un génie. Notre guide nous demande de jeter chacun une pièce, pour qu’il nous protège et qu’il nous accueille. Je le fais de bon cœur, respectant la tradition.

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Arrivée au bivouac, notre premier point de chute sur cette île. Première expérience camping de ma vie. Baignade dans le lac à la tombée de la nuit, repas autour du feu. Gabriel a sa part. Discussions, rires, contes. Une conteuse est parmi nous. C’est divin. Puis, sous la tente, bercée par la forêt, je dors d’un sommeil paisible malgré mes petites peurs.

Réveil à 6h. Silence partagé avec la nature. Séance de yoga, face au lac, en même temps que le soleil se lève. Le corps qui s’éveille en cadence avec la nature. Aucun mot ne peut traduire la magie de cet instant. Aucun.

Puis nous entamons notre voyage en pirogue vers le deuxième accostage.

Randonnée : beauté sauvage. Arbres majestueux. Vestiges de la nature. Traces d’éléphants : pattes, crottes, feuillages tordus, mais pas d’éléphants eux-mêmes. Le guide nous apprend à reconnaître plantes médicinales et répulsifs contre les tiques d’éléphant.

Moment fort : un arbre immense, déraciné, a emporté avec lui lianes et branchages, créant un mur naturel de racines et de terre, une véritable œuvre d’art offerte par la forêt. Chaque détail de cette sculpture vivante m’émerveille et me rappelle combien la nature sait créer le sublime avec ce qui semble chaotique.

Nous atteignons ensuite la chute de Gabriel, antichambre ruisselante, bassin frais, sièges de pierre. Spa d’eau fraîche naturel en pleine nature. Magique, presque irréel.

Cascade, baignade, exploration. Entre chaque pas, des liens se tissent. Des inconnus deviennent compagnons de route, et moi, je ris, j’observe, je commente. Je me fonds dans cette communauté formée par la nature.

Retour à Sharabi

Retour à Sharabi. Nouveaux compagnons : Ivoiriens, Gabonais. Relaxation, pique-nique sur un banc de sable, puis… partie de pêche.

À la senne. Manuellement. Fastidieux. Une dizaine de gaillards, deux heures de sueur… pour une seule carpe. Moi ? Je préférais me baigner, taper des tchokets et siroter ma Regab. Mais rire avec eux, partager ces moments, sentir cette cohésion douce et vivante… c’est délicieux.

L’au revoir… ou presque

Le lendemain, je me lève le cœur lourd. Mon jour de départ. J’attends le bateau dans un hamac, face au lever du soleil. Et je me demande : que vais-je refaire à Libreville ? Mon cœur refuse.

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Je repousse mon départ. Un jour. Puis deux. Puis trois. Puis quatre…

Quatre jours de plus à savourer la simplicité, la générosité villageoise, les activités culturelles, les moments de convivialité, les Regab sans flûte, plus précieuses que jamais. Je savoure chaque instant, chaque échange, chaque sourire, consciente que je laisse un peu de moi dans ces lieux, et qu’ils laissent un peu d’eux en moi. Je savoure simplement la nature dans son authenticité, redécouvrant la mienne.

Et si l’amour se cachait là ?

Entre le hamac, la chute d’eau et les contes au coin du feu, j’ai senti quelque chose. Ou rien. Monsieur O… ou pas. Une étincelle, un silence partagé, un sourire trop long : peut-être qu’une idylle est née, peut-être pas. Et c’est ça la beauté de Sharabi : il offre à chacun la possibilité de frôler le cœur de quelqu’un, de partager un instant suspendu, ou simplement de se découvrir soi-même. Moi, même sans rouge à lèvres, je sais que je suis le genre de mon genre. Et si le hasard veut, d’autres viendront, et d’autres cœurs s’ouvriront ici, à leur manière, avec la magie du lieu pour seule complicité.

Conseil foulosophique : le paradis se trouve en pleine nature, là où l’on apprend à se reconnecter aux humains et à soi-même, à écouter le chant des oiseaux autant que le silence de son propre cœur. Marchez pieds nus, partagez un sourire, un rire, un instant suspendu… et si un humain chocolaté à 90 % de cacao se glisse sur votre chemin, laissez-le éveiller vos sens, causer un frisson ou deux… ou pas. La magie des liens, visibles ou secrets, transforme chaque moment simple en luxe absolu, et parfois, juste parfois, un sourire suffit à semer un petit chaos délicieux dans votre cœur.

Paco, foulosophe gabonaise (ou pas), spécialisée en sagesse inutile, contradictions majeures, douceurs assumées et pensées inavouables

(sans flûte, avec Regab, toujours piquante et prête à tomber amoureuse dans un hamac en pleine nature)

3 commentaires sur « Lettre au Peuple 5 : Le paradis existe… et je l’ai foulé pieds nus, dans le Gabon profond  »

  1. Un véritable régal de beauté entraînant, envoûtant d émotions.. de la première à la dernière ligne..avec ce mélange d inachevé achevé? On é veut encore..

    1. Vraiment magnifique cela cache encore beaucoup plus un voyage dans l’inconnu oui mais peut après tu retrouves la vrais essence même de la vie avec cette nature presqu’ envoutante que paisible,j’ai vraiment aimé ce paradis au Gabon

  2. Vraiment magnifique cela cache encore beaucoup plus un voyage dans l’inconnu oui mais peut après tu retrouves la vrais essence même de la vie avec cette nature presqu’ envoutante que paisible,j’ai vraiment aimé ce paradis au Gabon

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