La traque contre la délinquance financière s’intensifie au Sénégal. Entre septembre 2024 et avril 2025, près de 262 personnes ont été interpellées dans le cadre de 292 dossiers liés à la reddition des comptes, selon un bilan présenté ce jeudi par trois hauts magistrats. À la clé : plus de 15 milliards de FCFA (environ 22,8 millions d’euros) ont été récupérés par le Pool judiciaire financier (PJF), dirigé par le procureur El Hadji Alioune Abdoulaye Sylla.
Nommé en septembre dernier, ce dernier a souligné la volonté des nouvelles autorités, sous l’impulsion du Premier ministre Ousmane Sonko, d’instaurer une gouvernance fondée sur la transparence et la rigueur. « La lutte contre la délinquance économique et financière demande du temps et de la détermination», a-t-il insisté, évoquant des opérations complexes impliquant des réseaux transrégionaux et des techniques de dissimulation sophistiquées.
Parallèlement, à Dakar, le procureur Ibrahima Ndoye a annoncé l’audition de 27 personnes supplémentaires dans une enquête distincte portant sur la gestion de 1 000 milliards de FCFA (1,5 milliard d’euros) alloués à la lutte contre la pandémie de Covid-19 entre 2020 et 2021. Parmi elles, 26 ont été libérées sous caution et une placée en garde à vue. L’affaire, qui remonte à l’époque du président Macky Sall, concerne également cinq anciens ministres, dont les dossiers seront transmis à l’Assemblée nationale pour une éventuelle mise en accusation devant la Haute Cour de justice.
Dans le cadre de ces investigations, près de 260 millions de FCFA (396 000 euros) ont été saisis, ainsi que 92 véhicules de luxe et treize titres fonciers situés notamment dans les régions de Thiès et Mbour, dont certains ont été provisoirement inscrits au nom de l’État.
Le procureur général Mbacké Fall a rappelé que les chefs d’inculpation retenus incluent détournement de fonds publics, escroquerie, concussion et corruption. Il a assuré que le processus se fera dans le respect strict de la présomption d’innocence et des droits des personnes mises en cause. « Notre objectif n’est pas de nous transformer en prédateurs », a conclu le procureur Ndoye, en écho à la volonté du gouvernement de mener cette opération de moralisation sans excès ni règlements de comptes.